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Neo Geo Cup 98’ : The Road to the Victory
SNK - 1998
Le jeu servi avé la croustade de moulas par Nola

Extras : Musique - Manuel TXT - Manuel PDF
La borne d’arcade du bar de la galerie marchande du Grau d’Agde, non loin du traiteur de la mer et de la place du marché. Non chers ami(e)s, ceci n’est pas le remake d’un célèbre sketch de Chevalier & Laspalès où le pomaçon se mange à l’auberge du Grilladou Provençou, le petit restaurant qui est sur la route de Pisse-la-gnoule avant d’arriver à Saint-Saturnin de Bias, mais plutôt le lieu où toute cette histoire a commencé. Nous sommes en 1997, j’ai neuf ans et comme mon grand-père a acheté une petite maisonnette dans ce vilain petit village du sud, nous allions y passer les vacances d’été avec ma famille. Et très sincèrement, le grau d’Agde bien que haut lieu du tourisme de masse, c’est chiant comme la mort. Parce qu’hormis la plage et la rue du port, il n’y a rien mais alors rien à y faire.



La baignade c’est sympa mais passer cinq heures sous trente-cinq degrés sur un banc de sable noir de monde, très peu pour moi. De même, se balader le long du port, c’est agréable. Mais bon, entre les courses du matin et l’apéritif de dix-huit heures, nous commencions à le connaître dans les moindres recoins. Heureusement, il y avait les championnats d’athlétisme d’Athènes. Mais même Lady Di avait décidé de flinguer mes vacances en interrompant les mondiaux via des flashs spéciaux consacrés au treizième pilier du pont de l’Alma.



Et comme, lorsqu’on a neuf ans, on ne sort pas se mettre minable en boîte pour ensuite rentrer avec une maman divorcée un brin trop entreprenante, on s’emmerde sec la nuit venue. Heureusement, il y avait cette borne d’arcade qui a sauvé mes vacances et m’a fait engloutir un nombre incalculable de pièces de dix francs. De quel jeu s’agissait-il ? C’est bien là le malheur de cette histoire. Je n’ai jamais pu retrouver son nom. J’ai de vagues souvenirs de pelouse verte criarde et de joueurs de foot faits de grands sprites animés, mais ça n’a pas suffit.



J’ai beau m’être lancé dans une quête effrénée pour mettre un nom sur mon mystérieux inconnu, j’ai toujours fait chou blanc. Mais comme le dit l’expression, c’est un mal pour un bien. C’est en voulant retrouver celui avait endiablé mes nuits d’été 97 que j’ai découvert NeoGeo Cup’98 : The road to the Victory. Bon, nous sommes en France et je suppose qu’à la vue du public auquel ce site s’adresse, vous aviez au minimum huit ans en 1998. Je pense inutile de vous expliquer ce que fut France 98. Ou alors nous ne sommes pas encore prêts d’attaquer ce test.



NeoGeo Cup’98 vous propose donc de revivre toute la fièvre de la plus grande coupe du monde que l’histoire ait connue. Oui, cette critique sera placée sous le signe de l’objectivité totale. Une fois passé l’écran Start qui est au pixel art ce que Guernica fut à la peinture, vient le temps de la sélection des équipes qui sont soixante-quatre au total. Elles sont réparties selon huit zones géographiques elles-mêmes composées de huit sélections. Et bien heureusement les développeurs ont découpé le vieux continent en trois aires pour un total de vingt quatre nations, parce que ce n’est pas qu’on s’en branle un peu de l’Inde ou du Salvador, mais quand même. Déjà que nous avions Bernard Diomède, on ne peut pas non plus se permettre d’accueillir toute la misère du monde.



Une fois que vous avez opté pour vos vingt-trois, il vous reste à savoir quelle tactique d’équipe vous allez adopter. Serez-vous plutôt « Attack Power Up » ? « Speed Up » ? Voire même « Captain-Power up » ? Vous vous en doutez certainement mais tout ça n’est que de la branlette pour donner l’impression que la Neo Geo est une console digne des supers ordinateurs du futur qui seront pilotés par des japonais via des disquettes, comme disait Patrick Bruel dans « Profs ». Car en toute sincérité, que vous preniez le Brésil en « Teamwork Power Up » ou Taiwan en « Defense Power Up », c’est du pareil au même.



Puis vient le choix de la compétition dans laquelle vous allez évoluer. En effet, bien que nommé Cup’98 vous pourrez jouer d’autres tournois que la Coupe du Monde et vous adonner à l’ « Europe Tournament » ou au « South America Tournament » qui correspondent à l’Euro ou à la Copa America. Mais bon faute de licence, on fera avec…



Premier match, première claque dans la gueule, putain que c’est beau. C’est bien simple tout le long du jeu on a l’impression d’évoluer dans un monde issu du mélange de la pelouse d’ «Un dimanche après-midi à l’Île de la Grande Jatte » de Georges Seurat,  des lumières du « Bal du moulin de la Galette » d’Auguste Renoir et des couleurs de « La Crucifixion » de Pablo Picasso (un bon pote à moi). Bon peut-être pas en fait, mais je commençais à être fatigué d’écrire dans toutes mes critiques que les graphismes sont au poil et que les couleurs pastels finissent d’achever votre rétine. Et puis on parle de foot, de ce fait je m’adresse forcément à un public d’artistes avisés. Si tant est qu’on puisse qualifier la descente de houblons comme une activité artistique.



Mais si les décors sont beaux comme une talonnade-grand pont de génie signé Fernando Redondo sur Henning Berg, que dire de l’animation ?! C’est bien simple, il y a toujours quelque chose qui se meut à l’écran que ce soit un drapeau de corner, le public ou le banc de touche. On peut même shooter l’arbitre et le voir s’écrouler au sol tel Marc Vivien-Foé. Mais si les animations « In-game » sont déjà très costaudes, que dire des « Out-Game » ?! On prend tout simplement une deuxième baffe dans la tête quand on voit les joueurs se relever fous de rage après s’être faits harponner la jambe par Vinnie Jones ou heureux comme un puceau qui aurait trempé sa nouille pour la première fois de sa vie après un but. C’est du grand art et je pense que tout joueur, même s’il n’a un goût que très peu développé pour les jeux de football devrait le tester. Histoire de constater que quand même, la Neo Geo était une console qui en avait dans le ventre.



Au niveau du gameplay nous sommes dans du classique. Lorsque vous attaquez, A vous servira à faire une passe au sol et à armer votre frappe, B à effectuer une passe en l’air et C une passe courte. Enfin, la passe courte c’est sur le papier car en réalité elle ne sert à rien excepté à pousser le ballon un petit mètre devant soi et rendre le cuir à l’adversaire. Pour ainsi dire on a plus l’impression d’assister à un contrôle de Bernard Mendy qu’à autre chose. Lorsque vous êtes dépossédé de la balle, A permettra de tacler, B de mettre un gros taquet et C de changer de joueur.
Mais malgré un gameplay basique, le tout s’enchaîne à merveille et l’on nous propose même, si l’on est dans le bon tempo et en dehors de la surface, un tir « chance » à effectuer via le bouton A. Là encore, nous aurons droit à une petite animation qui vaut son pesant et qui vous permet de décocher un tir placé. C’est très bon esprit.



Bref, on enchaîne les matchs sans trop de soucis puisque le jeu est assez facile. Et hormis le Brésil ou l’Argentine que vous retrouverez quasi-systématiquement en finale, vous n’aurez que peu de chances de devoir rejouer le match voire d’aller en « Sudden Death » ou aux penalties (qui sont là encore un régal) et ce bien que le jeu ait opté pour le concept assez particulier du : je dois gagner tous mes matchs même ceux de poule car même un match nul m’éliminerait. Le tout manque franchement de challenge.

Mais bon on s’éclate et c’est bien là tout ce que l’on demande à un jeu d’arcade. Au final, vous allez me demander où est le problème de NeoGeo Cup 98’ ? Car si on omet sa difficulté le reste n’a à pâtir d’aucune réelle faiblesse. Le ‘blem comme disaient les gens cools des années 80, c’est que ce soft n’est qu’une honteuse repompe de Super Sidekicks 3, puisqu’il en reprend 99% des éléments. Et je ne joue même pas les marseillais. Hormis l’habillage des menus et l’écran titre, tous les autres facteurs qui ont façonné le titre sont identiques au poil de gazon près.



Faut-il pour autant jeter la pierre à The Road to the Victory ? Non, puisque d’une, il « s’inspire » d’une référence en la matière du jeu de foot sur Neo Geo, voire d’arcade tout court. Et que de deux, il a mis à jour les pseudo-licences de Super Sidekicks 3. Et c’est là qu’on commence à toucher du doigt tout le mythe de ce titre. J’ai dit pseudo car contrairement à FIFA, aucun des joueurs ne porte son vrai nom. Par exemple, cette salope de Pippo Inzaghi porte le doux sobriquet d’Inzar et en équipe d’Angleterre Teddy Sheringham est devenu Sheridan. Je ne vais pas vous faire toute la liste des Gascoyne et autres joueurs roumains nommés Lada présents, mais vous devinez que l’Équipe de France de football n’a pas échappé à ce triste sort.

Ainsi le milieu de terrain est emmené par Zidi (Claude, très certainement), a de la percussion grâce à Djanel et plante but sur but grâce à son terrible attaquant qu’est Dughert. D’ailleurs petite parenthèse. C’est assez caustique de finir le jeu avec un Dugarry qui enchaîne but sur but sachant qu’à partir des huitièmes de finale, pas un seul des avants n’a marqué (en même temps avec Guivarc’h...). Et si on enlève la finale, seuls les défenseurs ont planté… Vive la France. Il est aussi assez phénoménal de voir évoluer sur le terrain le sosie de Jackson Richardson. En réalité non, on ne joue pas avec le génie réunionnais du handball mais avec le dieu du football calédonien : Christian Karembeu. Mais j’arrêterai ma satyre ici, parce que d’abord il a joué la finale victorieuse. Et qu’ensuite, bordel, le jour où j’aurai une femme pareille, je pourrai me permettre de critiquer.



En fait, c’est un autre joueur qui a attiré mon attention tout particulièrement. Un milieu gauche que j’avais remarqué et dont je n’osais croire ou plutôt espérer qu’il s’agisse bien de lui, et pourtant oui. Si je vous dis un ailier d’origine afro coiffé d’une petite mèche blonde frisée et qui allie technique et puissance physique ? Oui, vous l’aurez deviné, je parle effectivement d’Ibrahim « fucking » Ba.

Ibrahim Ba pour les impies qui ne le connaîtraient pas, c’est un joueur qui fut formé et révélé au Havre dans une équipe qui comprenait déjà des Caveglia, des Revault et surtout un certain Vikash Dhorasoo. C’est dire s’il était prédestiné à effectuer une grande carrière. Grâce à ses exploits sur les rives de la Manche il est transféré aux Girondins de Bordeaux où il explose. En même temps, en jouant avec un certain Zinédine Zidane, n’importe quel mec un brin talentueux aurait pu réussir. Mais l’Europe ne connaît pas encore le génie de Zizou et décide de s’arracher ce virevoltant Ibrahim. C’est le Milan AC qui décroche le gros lot et le fait signer. De par son expansion footballistique et médiatique, Aimé Jacquet l’incorpore même dans la pré-liste des vingt-huit pour la Coupe du Monde 98. Mais très vite le club lombard se rend compte que ce joueur n’est qu’une vaste blague et son temps de jeu se réduit à un rien. Du coup, Ba fait partie des six recalés du sélectionneur, au milieu des Martin Djetou, Sabri Lamouchi et autres Lionel Letizi. La classe à l’état brut. S’en suivra alors cinq saisons ratées en Italie avec seulement cinquante-six petites apparitions puis des prêts infructueux à Pérousse et Marseille. Il essayera bien de rebondir à Bolton, mais finira en Turquie au Rizespor puis en Suède au Djurgårdens Idrottsförening. Autant de clubs que, comme vous, je découvre à l’instant via leurs pages Wikipédia.

Mais revenons-en à 1998. À cette époque, nombre d’observateurs sont convaincus que le gamin d’origine sénégalaise ira jouer la compétition, c’est une quasi-certitude. Panini en est même tellement sûr, qu’ils iront jusqu’à faire sa vignette et qu’elle sera incorporée dans l’album « France 98 ». Or pour Neo Geo 98, c’est pareil. Les développeurs ont sélectionné Ba et l’ont appelé Biot. Et bien pour rendre hommage à ce joueur qui a démarré comme une fusée avant d’imploser en plein vol, je vous offre le screen de son but victorieux et sa fiche Panini. Vous pourrez ainsi constater que les joueurs afros du jeu ne sont ni plus ni moins que des blancs peints en noir.



Au final Neo Geo Cup 98’ : The road to The Victory reste une petite perle du foot d’arcade même s’il ne s’agit que d’un skin un brin honteux de Super Sidekicks 3, puisqu’il n’apporte rien de nouveau trois ans plus tard. Et pourtant mes amis, ce jeu, c’est comme l’olive, c’est bon.

Bonus Track : Je ne pouvais résister à l’envie de vous montrer les célébrations de buts qui font tellement « Papy, papy, j’ai joui dans mon slip ».





Le point de vue de César Ramos :
Rare malheureusement, quitte à choisir niveau finance, optez pour Super Sidekicks 3 qui est beaucoup plus répandu.