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Dragon Crystal
Sega - 1991
Dans la vie, il y a des cactus par Clence_tum

Extras : Musique - Manuel TXT - Manuel PDF
Dragon Crystal. Vous ne connaissez pas? Alors dites adieu votre vie d'insouciance et de jeux faciles, et prparez-vous dcouvrir le sens du mot damnation. Suivez-moi, et bouchez-vous le nez, a poque un peu. Ce jeu est sorti en 1990 sur le Systme Matre, suivi par son petit frre sur Game Gear en 1992. Les deux versions sont quasiment identiques, mis part quelques dtails cosmtiques, aussi allons-nous nous arrter sur l'opus game gear, parce que c'est mieux, parce que je n'ai jamais eu de Master System, et parce que c'est moi qui cris le test.



Regarde la bote du jeu, garon. Un gus en armure moche brandissant une laide pe. Mouais. C'est dans la ligne du parti de l'poque, vous ne vous doutez pas encore que vous avez mis le doigt dans un engrenage diabolique qui vous bouffera votre montre, votre bras et jusqu' votre slip. Lisons-voir l'envers: "Vous tes prisonnier d'un monde fantastique de beaut surnaturelle. Vous traverserez 30 mondes la recherche du gobelet magique; il n'y a pas de sortie dans ce cauchemar musical...jusqu' ce que vous la trouviez."



Et l vous vous dites: "Ce jeu sue la dfaite", ou plutt, comme on avait coutume de dire en 1992, "a craint". Oui, il faut avouer que sur ce coup-l l'assistant-chef de produit charg d'crire la jaquette s'est surpass. Mais peu me chaut, je suis jeune, c'est l't, et Brgovoy est encore de ce monde, alors admettons que je veuille acheter ce jeu, que je ressente une pulsion, un besoin animal, ou plus simplement que j'ai pas envie de m'emmerder pendant deux mois chez mamie (oui, nous sommes en 92 et je ne suis pas encore sensible ma cousine Lison et au charme de ses lvres pulpeuses, encore innocentes, mais o dj l'on sent poindre une langueur torride, moins que ce ne soit ses ttons sous son t-shirt. Mais a viendra).



J'achte donc le jeu. Nous sommes le 3 juillet, sur l'autoroute A13, quelque part entre Porcheville et Pont-l'vque. La temprature extrieure est de 19, il pleut. Sentant que la lassitude me gagne et que les ufs durs de midi n'ont pas l'air de vouloir visiter la moquette de la CX de papa dans un avenir proche, je sors mon bouffe-pile prfr, et j'enfourne la cartouche d'un geste vigoureux.



On. Logo Sega. Ecran titre. Un petit bonhomme apparat la gauche de l'cran, et saute dans une boule de cristal (d'o le nom du jeu). Start. Me voici dans une clairire moche vue de dessus, entour d'arbres blancs tout aussi laids, et attaqu par deux flaques vertes. Je suis seul dans l'adversit. Ah non, pas tout fait seul: je suis suivi par un uf gant. Tout va bien. Je rduis nant les deux blobs avec mon pe verte de tapette, je ramasse les 3 sacs de thunes qui trainent, ainsi qu'une pe et un bout de pain. Et l je pose la console sur mes genoux et je m'interroge sur la suite des rjouissances. Je suis enferm dans une fort d'arbres blancs, et je ne vois de sortie nulle part. Mais mon petit bonhomme (appelons-le Michel) s'impatiente, il me lance mme un cinglant what shall I do? Enfin, il l'crit en bas de l'cran hein, on est sur gamegear.



Qu' cela ne tienne, je reprends la console en main et je me dcide faire le tour de la clairire, pour voir. Et l, magie de la fe 8bits, les arbres blancs deviennent verts lorsque que je passe ct, et certains vont mme jusqu' disparatre pour laisser la place un chemin. Formidable, je ne suis plus prisonnier de la clairire des blobs. C'est parti. L'uf me suit toujours. Je ne sais pas ce qu'il fout l, mais il me colle au cul encore mieux que mon slip aprs un repas mexicain. Je cherche mon chemin dans l'enfer des arbres blancs-verts (tiens, d'ailleurs, quand la jaquette parlait de cauchemar musical, elle ne mentait pas, l'unique musique pue du gland. Allez hop, je coupe le son, je vais couter la cassette de Benny B sur mon walkman).



Je trouve d'autres clairires, je tue d'autres flaques, ainsi que des tonneaux rouges. Je ramasse des pes, des potions de diffrentes couleurs, des btons, des anneaux. Il faut les tester pour connatre leurs effets, qui peut aller de restaurer les points de vie, la tlportation, en passant par la paralysie. On peut galement les jeter sur les streums pour leur en faire subir les effets (mais a c'est un peu sadique). Il faut que je fasse attention mon niveau de nourriture: quand on en a plus, la vie baisse graduellement. L'or sert s'acheter des continues quand on meurt. C'est compliqu tout a. Moi, je commence doucement me faire chier, mais il reste encore deux cent bornes avant d'apercevoir les tours de Caen.



Je persiste. Tout d'un coup, au dtour d'un arbre blanc, je dcouvre un truc moche, genre signe kabbalistique, qui semble tre un tlporteur, vert comme de bien entendu. Vous savez pourquoi l'Argentine a perdu contre la RFA en 1990? Parce que les graphistes de Dragon Crystal avaient vol tout le stock de Maradona. Trs bien, je m'en fous, n'importe quoi pour sortir du cauchemar de la fort des arbres blancs.



Je l'emprunte. Me voil dans une clairire borde... de cactus. Blancs. Avec une flaque (bleue) qui gigote. Je retiens les larmes de sang qui perlent mes yeux, j'agrippe la console. J'envoie le blob ad patres.. Tiens, je gagne un niveau. Me voil plus fort mais surtout, merveilles des merveilles, le con d'oeuf qui me suit le dbut clot...et c'est un dragon qui en sort. D'o, une fois encore, le nom du jeu. C'est magnifique. Je me dis que ce dragon va pouvoir m'aider me dbarrasser des tonneaux rouges lanceurs de boules de feu qui me courent aprs (faon de parler, ce sont des tonneaux, Nicolas)... Mais non, cette tanche se contente de me suivre, probablement pour se foutre de ma gueule. Sa seule utilit durant tout le jeu sera d'empcher les ennemis de m'attaquer par derrire, et donc de me faire le cul (ou pire). En gros, il ne sert rien. Pour un jeu dont le titre commence par Dragon, c'est proprement scandaleux. C'est comme si on avait fait un jeu de baston et qu'on l'avait appel Shaq Fu, imaginez.



Bref. J'en ai marre. J'avise un nouveau tlporteur, je l'emprunte, et je me retrouve dans une clairire entoure de statues. Bleues. Un cristal (d'o le nom du jeu, n'est-ce pas), rouge, tente de me faire la peau. C'en est trop, j'teins la console et je m'effondre en pleurant.



Suite cet pisode plus ou moins fictif de ma vie, vous l'aurez compris: Dragon Crystal est une sombre merde. Un putain de dungeon crawl de la pire espce, avec des dcors abscons et des ennemis informes. Si nanmoins vous parvenez un jour au trentime niveau (ce qui n'est pas mon cas), vous pourrez rcuprer le gobelet magique et rentrer dans votre monde. Notre monde, en fait, puisque la base Michel est un mec normal qui se baladait en vlo, qui s'est arrt devant un magasin d'antiquit dans une ruelle interlope, qui est entr et a pos ses mains sur une boule de cristal (d'o le nom...ok). Oui, l vous vous rendez compte que Michel est un loser de la pire espce mais surtout que c'est aussi la dchance niveau scnario. Pas de princesse tirer, ni de trsor rcuprer, bonjour la carotte. Et je ne parle pas de la difficult. Il n'est pas rare de mourir comme une merde ds la premire clairire, alors imaginez sur trente niveaux...



Mais si jamais, par un jour sombre et pluvieux, vous dcidiez de recommencer le jeu (ce qui est totalement con, avouons-le, mais si vous aviez une once de bon sens vous auriez achet une gameboy la place de votre console ridicule), et bien vous dcouvririez que le design des niveaux a chang, ainsi que votre quipement. Vous ne retrouvez plus vos potions favorites. Le tlporteur n'est plus sa place.



Vous ralisez alors que vous tenez entre vos mains l'instrument de torture parfait. Mieux que le rubik's cube et la bote de Lemarchand runis: le jeu de merde qui se recre chaque partie. Vous clatez alors d'un rire dmoniaque qui se rpercute sur les murs en mousse de votre chambre, juste avant que l'infirmier de service ne vous injecte vos 20cc de flunitrazepam quotidiens. Votre vue se brouille lentement, et vous vous lovez en position ftale dans vos excrments. Votre raison vous a quitt, elle gambade main dans la main avec des flaques vertes, au milieu des cactus blancs.


Le point de vue de César Ramos :
Commun, trois fois rien.