"Tu as le gland, tu seras mieux (.)"
Vectorman
Blue Sky - 1995
Robot pour tre vrai par Fungus

Extras : Musique - Manuel TXT - Manuel PDF
Si la succession des gnrations de consoles nous a appris quelque chose, c'est bien que des ppites peuvent faire surface dans la ludothque d'une machine lorsque celle-ci se retrouve pousse au placard par sa remplaante. Elle aura un sursaut d'orgueil quand elle se voit accule par la nouvelle gnration. Et tout le monde sait que c'est souvent dsagrable de se faire acculer. Une console sentant sa fin proche peut offrir ses meilleurs jeux donc. Tenez, prenez par exemple la 32X qui... non, attendez, mauvais exemple. Illustration plus noble : la Megadrive. Au crpuscule de sa carrire, la glorieuse 16-bits de SEGA s'est dmene comme un diable pour flatter l'oeil et la main du joueur avec de vritables perles. Et Vectorman fait partie de ces performances.



Un demi-sicle de littrature et de cinma d'anticipation nous a permis d'tre surs d'une chose : le futur, c'est pas de la meringue. On a beau tout prvoir dans les moindres dtails, imaginer le moindre petit caca dans la mcanique, il y a toujours la possibilit que a merde : dsastre cologique, holocauste nuclaire, socit totalitaire, la droite au pouvoir... Bref, le futur n'est pas un coin o on a envie d'aller en vacances. Qu'est-ce qui cloche dans l'univers qui nous intresse ici ? Un problme simple : nous sommes de gros dgueulasses. Enfin, surtout vous, qui roulez toujours dans votre 404 avec son hmorragie d'huile et qui allez faire caca sans tirer la chasse. Et a, vous avez t des millions le faire. Bravo. Dsormais la Belle Bleue doit tre rebaptise l'Affreuse Verdtre et ressemble un terrain vague aprs un festival de rock. Impossible de faire un pas sans marcher sur un papier gras, une flaque radioactive ou un cadavre d'enfant, sale qui plus est.



Ce qui nous amne au second problme : la ferraille. Plus prcisment cette qui bouge toute seule, parle et dcide parfois de faon spontane de vous viscrer avec une pelle de chantier. Devant l'ampleur de la pollution et faute de population immigre suffisante, il a t dcid que le nettoyage de tout ce merdier allait tre confi des robots. Sauf que les robots laisss eux-mme, c'est comme des gosses ou des socialistes : tt ou tard c'est le bordel. Dans le cas prsent, a n'a pas manqu : suite une erreur sur une chane de montage, un robot se voit greffer une tte nuclaire la place du crne - inutile de vous dire que l'ouvrier a t vir fissa. A partir de l, il va se comporter comme n'importe quelle personne qui aurait une arme de destruction massive comme tte : il dcide de conqurir le monde. Classique. Qui n'a jamais des penchants mgalomanes une fois un armement nuclaire greff sur le corps ? C'est humain aprs tout. Enfin, robotique en fait.



Soyons clairs ds le dpart : je ne suis pas homosexuel, Attendez, non, ce n'est pas a. Ha oui : le fait est qu'avant tout, Vectorman est un Run 'n' Gun tout ce qu'il y a de plus classique dans la forme. L'quation reste inchange : personnage + adversaire= coup de plasma dans le museau. Une simplicit dont dcoule tout son efficacit. Moi gentil, toi mchant, moi tirer, toi petit nuage de particules. Mathmatique simple. Pour autant, ce que le jeu ne renouvelle pas sur la base, il le compense allgrement avec le reste.



D'entre de jeu la Megadrive se dmne comme un diable pour nous en mettre plein la vue. Sans que l'on ait demand quoi que ce soit, on se mange un paysage avec scrolling diffrentiel en arrire-plan vous faire pleurer des larmes de bonheur. La machine rivalise d'audace et ose mme les variations d'clairage, le hros de mtal devenant ombrag lorsqu'il passe couvert. Certes, les esprits persifleurs souligneront qu'il s'agit d'un simple changement de teinte au niveau des sprites. Mais on les emmerde. Sachons profiter de la simple beaut d'une poigne de pixels finement cisels. Le niveau sous la mer est du mme tonneau avec ces rayons de lumire dlicieusement filtrs par l'eau. Rajoutons-en mme une couche avec les autres niveaux, qui jouent dlicieusement avec des tonalits claires-obscures, l'obscurit d'encre en contraste avec la lumire brute. Oubliez les univers chatoyants et hauts en couleurs des tnors du genre, tels que Gunstar Heroes ou la mythique srie des Contra . Ici on fait des conomies d'nergie et on claire au minimum. Les couloirs sont aussi sombres que l'esprit d'un militant d'extrme-droite. On est dans un futur qui pue, rappelons-le. Les rares fois o vous vous baladerez l'air libre, le temps sera pourri. Des nuages, du froid et des prcipitations dans le Golf de Gascogne. Et tout le charme du jeu viens de cette obscurit, froide et inquitante. La console n'y va pas avec une demi-molle et tant d'amour du travail bien fait rchauffe le cur, aussi synthtiques soit-il. Au del mme des graphismes rutilants, c'est la fluidit de l'ensemble qui force le respect. D'aucuns se souviendront du boss mcanique de Castlevania Bloodlines sur la mme console et de sa splendide animation. Vectorman c'est pareil, en mieux. L'assemblage mtallique se meut avec une dcomposition de mouvement qui en aura surement laiss plus d'un pantois l'poque o la capture de mouvement n'tait qu'un vague concept.



Ds le deuxime niveau, surprise, le jeu change radicalement d'approche. En lieu et place du niveau de plates-formes prcdent, on se retrouve aux commandes d'un tank roulant sur rails en altitude, le tout sous la forme d'un ersatz de shoot-em up vertical. Un gorille robot (voire plus bas la note concernant les cyber-bestioles) tente mesquinement de vous faire drailler en barrant la voie des ses paluches mtalliques et probablement sales. Une fois de plus, la dame en noir de SEGA se secoue les tripes pour notre bonheur en ajoutant des dformations et effets de perspective qui forcent le respect. L'exercice est cependant de courte dure puisqu'il s'agit en fait d'une des phases de bonus courtes mais fun qui parsment l'ensemble. Le jeu sera rythme ainsi, des petites friandises de ce genres venant faire office de charnire entre deux niveaux. Vous aurez ainsi droit un jeu d'adresse sur une piste disco, un jeu de cache-cache crabouille (concept) et mme un rigolo clone de Zoop. De dlicieuses cerises confites sur un excellent gteau. Miam. Pour tous ces passages, un seul mot d'ordre : de l'action. Il faut que a bouge, hop hop hop. Pas d'lments superflus, on est pas l pour tricoter du gazon.



Vectorman est un modle qui attirera toutes les mnagres soucieuses d'efficacit : il est multi-fonction. Tout au long du jeu, vous aurez la possibilit de vous transformer pour surmonter un obstacle ou tout simplement pour le fun. L'ami robot peut se changer, pour une dure limite, en machines aussi varies qu'une voiture, un vhicule marin, un marteau-piqueur ou mme un bombe (concept). Plus accessoires qu'autre chose, ces options vous permettront la plupart du temps de dbusquer des passages secrets pour vous goinfrer de bonus. Et de faire le con avec votre androde. Gogo gadgeto robot. A ceci, viennent se greffer des options plus classiques qui vous permettront de faire bouffer du proton de faon plus efficace. Les amateurs de Contra seront mme en terrain connu : du tir automatique, en mitraille, au flanc. Rien qui ne transpire d'une originalit folle mais peu importe, le droulement reste d'une redoutable efficacit.



Petit apart : un truc m'a toujours amus dans la cosmologie des histoires de robot, savoir le concept du robot muscl. La logique voudrait que l'tre de mtal et divers polymres issu des aspirations promthennes de l'homme dfiant l'uvre du Seigneur lui-mme s'affranchisse des contraintes fonctionnelles qui limitent nos actions d'tres pathtiquement organiques. Pas clair, hein ? Faisons plus simple : allez-vous m'expliquer pourquoi un robot qui n'a pas besoin de muscles pour tre costaud doit ressembler un foutu culturiste ? Ils disposent de pistons hydrauliques, des batteries nuclaires et des articulations en tungstne mais ils ont quand mme besoin d'avoir les paules des nageuses de la grande poque de l'Allemagne de l'Est. Non contents d'tre arms de canons protons, ils frquentent galement la salle de musculation. Mtaphoriquement du moins. Frimeurs de merde.



Tenez, restons dans le registre du folklore robotique et attardons nous sur ce qui vous tombe sur le rble mtallique. Des robots. Certes. Mais des robots de toutes sortes. On frle mme le n'importe quoi certains moments. Outre les robots gros bras susmentionns, on se fait picorer l'arrire-train par toute une faune de cyber-bestioles : des moustiques, des poissons et mmes des extincteurs (on ne s'en mfie jamais assez). Et il a tendance en surgir d'un peu partout. Loin d'tre spcialement coriaces, ils ont nanmoins tendance se comporter comme de vilaines petites salopes, profitant odieusement d'un coin d'ombre ou d'un lment du dcor pour vous sauter dessus sans autre forme de procs. Et les boss de fin de niveau donnent dans le mme registre : du rigolo saupoudr de n'importe quoi. A titre d'exemple, vous aurez maille partir avec un plican se transformant en ours cracheur de feu, un robot-singe ou l'invitable tte nuclaire sur pattes mentionne quelques paragraphe plus haut. Le futur est vritablement un vritable terrain de jeu pour cybernticien immature.



S'ajoute tout ceci le que fait que l'ensemble du jeu est long. Trs long, mme. Une brouette de niveaux se dressent entre vous et la despote machine de fin. Le challenge est globalement assez relev. Treize niveaux dguster en petites gorges. Des gorges qui picotent un peu la gorge tout de mme, les niveaux ne se traversant pas comme un green de golf bord d'un 4x4. Les ennemis ne sont pas particulirement retors et les niveaux globalement linaires. Le risque, en revanche, est d'tre grise par la puissance de feu protonique mise votre disposition et de foncer dans le tas en tirant vue et en hurlant "Sobreeeevidaaaa" -ce qui ne veut rien dire soit dit en passant. Erreur fatale qui risque de se solder en un petit nuage de boulons et d'nergie : vous. La tentation est grande mais la prudence est de mise. Aprs avoir reu quelques dcharges dans le fondement ferreux, vous aurez tendance frapper avant d'entrer et avancer ttons (dans la gueule, certes) pour progresser. Traverser l'ensemble du jeu tiendra surtout de la course de fond plutt que du sprint effrn.



Vectorman est une perle ornant la rutilante joaillerie d'une poque bnie. Celle o la notion d'identit pour une console de jeu avait encore un sens. Ces temps, pas si anciens, o chaque constructeur s'efforait de ne pas ressemblait celui d'en face et o pousser un systme dans ses derniers retranchements signifiait encore quelque chose. Cette poque o l'on pouvait vritablement choisir son camp dans une guerre idiote dont les moins se 20 ans se contrefoutent et qui fait briller une petite lueur nostalgique, un peu futile, dans l'oeil des vieux de la vieille. Le chef-d'uvre des petits gars de Blue Sky donnerait presque des larmes aux yeux tant il offre une fin de rgne pleine de panache la merveilleuse petite machine de SEGA. Une page se tournait l'poque mais elle tait en lettres d'or sur papier vlin. We are the robots.
Le point de vue de César Ramos :
Pas si commun mais un tarif raisonnable. L'investissement est de toute faon rentabilis au centuple.