#GHB
Bubba 'n' Stix
Core Design - 1993
De l'importance de conserver le gourdin par Fungus

Extras : Musique - Manuel TXT - Manuel PDF
Inutile de feindre, je suis un homme qui aime les surprises. A fortiori quand elles sont bonnes. Un cadeau de la fte des pres de la part d'un de mes fils illgitimes, l'obtention de mes diplmes universitaires ou la dfaite de Lionel Jospin en 2002. Ou plus simplement la gnrosit d'un jeu Mega Drive sorti un peu de nulle part. Car oui, je tords le cou tout suspens ds les premires lignes de ce test : il va tre propos ici d'un jeu que j'ai ador. Mais ne partez pas pour autant la mine dconfite. Asseyez-vous, prenez un verre, j'ai fait des mini pizzas.



Bubba 'n Stix, c'est l'histoire d'un portage avant toute chose. La portage d'un jeu depuis la galaxie Amiga vers la constellation SEGA. Il a vu le jour dans les entrailles d'une machine Commodore (paix son me) qu'on ne prsente plus, mme aux dbiles profonds et aux militaires de carrire. Sur deux machines Commodore en fait. La seconde tant le canard boiteux de la famille : l'Amiga CD32, sujet quolibets et rires qui rsonnent encore aujourd'hui dans le corridor de la honte. Un petit apart historique s'impose. Principalement parce que j'adore a en fait. Ce que l'on adore moins en revanche, c'est cet Amiga CD32, seconde incursion de la firme amricaine du cot des consoles de salon, un territoire pourtant bien escarp. Firme visiblement peu chaude par le splendide gadin de la CDTV, vague machin orient multimdia bas sur un Amiga 500 recaross et nanti de prothses peu convaincantes. Guru meditation sur le plan commercial. Seconde tentative avec cette fois-ci un Amiga 1200 dans un nouvel emballage et dot d'un lecteur de CD pour faire comme ses petits camarades de l'poque. On ne mentionnera que trs brivement une manette qui reste encore aujourd'hui dans le palmars des pires errements de design et d'ergonomie pour un contrleur. Nouveau piqu en vrille le nez dans la vase pour le chiffre d'affaire. Mais en dpit d'une dure de vie rduite sa portion congrue, le support aura tout de mme eu droit quelques titres qui mritent que l'on s'y attarde, dont ce Bubba 'n Stix. Titre port dans la foule sur Mega Drive et je retombe sur mes pieds, c'est formidable. Une version console -une vraie- histoire de toucher un panel de consommateurs un peu plus large que la poigne de couillons ayant achet un Amiga CD32. Ah les cons.



Contrairement l'interprtation que l'on pourrait faire de son titre, Bubba 'n Stix n'est pas le rcit des aventures d'un rappeur franais que l'on aurait enfin envoy aux enfers mais un reprsentant de la catgorie plates-formes de premier ordre. Mais soyons professionnels et procdons par ordre en cernant le postulat. Un deux, un deux, test micro. Vous tes Bubba, banal voyageur de l'espace en salopette. La monotonie de votre priple dans le grand vide va tre bientt rompue par l'enlvement de votre petite personne par l'ignoble Waldo dont le nom ridicule attnue quelque peu la terreur qu'il pourrait procurer, mais passons. Ce dernier vous considre comme une pice de choix pour son zoo interstellaire. Avant que l'on ne vous jette des cacahoutes derrire des barreaux, vous parvenez vous chapper des griffes de votre gelier l'aide d'un trange bton dou de vie et chouez sur une plante inconnue. Voil. Du moins, vous apprenez tout ceci si vous possdez la version Amiga CD32 (cf. les couillons voqus plus haut), la version Mega Drive sucrant toute cinmatique expliquant le pourquoi du comment. Mais passons. En 1993, les cinmatiques c'tait avant tout de l'esbroufe destination du pquin moyen et voue remplir un support CD.



Pass un cran titre la musique follement guillerette, nous voici directement confronts aux indicibles dangers de la plante truc. Oui truc. Je l'appelle ainsi par pure convention, n'ayant pas la moindre foutue ide de son nom, une dfaillance d'un syndicat d'initiatives particulirement inefficace mais passons. Ds les premiers mtres, on sent que l'on a affaire de la plate-forme 100% pur jus, garantie sans adjuvant. On se dplace btement de gauche droite avec la croix, on cours, on saute et au donne des coups de bton et basta. Du plaisir sain l'ancienne, un peu comme Madame Armande, les risques de blennorragie en moins. Pour sortir votre ahuri en bleu de travail de ce ptrin (pensez donc, il n'a mme pas de carte de sjour), vous allez devoir vous dbrouiller avec votre bite et votre couteau. Ledit couteau est par ailleurs remplac par un bton, le Stix ponyme. Nos deux compres vont devoir s'entendre comme larrons en foire s'ils ne veulent pas faire fructifier le tiroir caisse d'un barnum du Cosmos. Dieu que tout ceci sent bon.



Nous y voil donc : de la plates-formes nigmes. Un concept excitant en diable. Le cocktail subtil entre la frnsie de la plates-formes et la monotonie routinire d'un jeu d'aventure. Vendu. Pourtant, le jeu commence classiquement. Les premiers tableaux se prsentent de faon tout a fait innocente : on marche, on saute et on dgomme de temps autre les inconvenants se dressant devant vous de vigoureux coups de bton. On envisagerait presque d'esquisser un billement si ne venaient pas rapidement les quelques pices donnant tout le fumet de ce plat de gourmet. Car assez rapidement vous devrez redistribuer une partie de l'nergie consacre vos pouces et votre systme digestif vers l'amalgame spongieux qui vous tient lieu de matire grise. Oui, toi y'en a devoir rflchir. Je sais, cela risque de piquer un peu pour certains, plus habitus sur cette console manier des barbares cimriens, des ninjas furibonds et ou des chasseurs asserments. Quoiqu'il en soit, il va falloir faire face aux obstacles qui vous narguent dans votre escapade. Et c'est l que se brise la routinire heu... routine des jeux de plates-formes. J'applaudirais des deux index si ce n'tait pas aussi ridicule. Une progression donc rythme par la rsolution d'nigmes o le concept de loufoquerie donne le la. Il n'est pas rare d'tre sottement bloqu dans une pice sans issue apparente, tel un imam l'Oktoberfest. On tutoie mme l'exaspration certains moments. Ahaha, on fait moins le malin mouliner dans le vide pour chercher comment avancer. Ils sont o vos dragon punchs et vos mega blasters, hein ? Une exaspration en gnrale relativise dans l'instant de sa rsolution par un "ah les cons" accompagn d'un sourire niais. Oui, vous avez le sourire niais, le niez pas. J'ai les photos de votre communion.



Tout ce petit monde est maintenu en un parfait quilibre o pas un pixel ne dborde. La transfusion depuis l'Amiga est d'ailleurs presque sans goutte perdue, si ce n'est la disparition heureuse des risques de disquette foireuse ou de Gourou Meditation en veux tu en voil. Pan dans ta gueule. Cet instant est sponsoris par l'Amicale Sartoise de la Guerre des Supports Disparus. Bref, nous avons entre les mains un bien bel objet. Ce jeu est beau, ni plus ni moins. Ou alors un peu plus mais juste un fond, j'ai de la route faire. Splendide mme, si je m'coutais. Du nectar pour les yeux. Dans l'hypothse o vous tes une abeille mutante. En un mot comme en 6 dcimales de Pi, ce jeu est une russite technique. Voil, c'est dit. Le monde de l'Amiga nous offre ce qu'il y a de mieux. Franchissons mme d'un petit bond la barrire de la retenue et clamons que ce jeu est un de plus beaux que la Mega Drive nous ait offert. Oui. J'accuse. Enfin, j'affirme plutt, faute d'officier juif sous la main. L'ensemble est de haute tenue, tant dans l'univers cr que dans sa ralisation technique. Et les musiques, bien que discrtes, sont parfaitement dans le ton (un plus par rapport la version micro qui elle est muette et pan dans la gueule bis). Le ton, parlons en d'ailleurs. Il constitue le sel de ce petit trsor. Sa qualit premire est sa singularit par rapport aux standards de la console. Si vous n'avez pas saut des lignes et que vous avez rsolu vos problmes d'alcool, vous aurez gard l'esprit que les racines Amiga de Bubba 'n Stix. Rien d'tonnant ce que l'on retrouve une patte, une signature symptomatique des productions de cette poque et de ce support. A titre personnel, j'y trouve des similitudes avec la bande dessines Kid Paddle, notamment avec ses monstres horriblement rigolos -on a la littrature que l'on mrite.



Cinq niveaux, des nigmes en pagailles, tout autant de faons de mourir, de pester en tapant du pied et de trouver de raisons d'adorer cette petite ppite. Ppite, oui. Car le jeu ne flchit aucun moment tout au long de son droulement et ne se laissera pas matriser par le premier crtin ou parisien venu. Les mots de passe ne sont pas que purs gadgets. Ce n'est pas le jeu que l'on termine en piochant mollement dans un bol de chips et en gardant un oeil sur ses conversations MSN. Exigeant, Bubba n' Stix rclame une attention de tous les instants et une patience de bonze pour poser un genou terre. Tu la sens dans ta bouche ma saveur oldschool petit con d'adolescent, hein ? Haha dguste, merdeux. Pardon, je m'emporte. Toujours est-il que nous avons entre les mains un jeu rare plus d'un titre, commencer par sa capacit enrichir un genre plus que balis au cours des ans. Scandaleusement rong par l'oubli, c'est un titre (r)dcouvrir sans plus attendre. Allez, zou.

Le point de vue de César Ramos :
Un soupon de patience sera la cl pour le trouver un prix raisonnable