En tourne le 10 en RFA, le 12 en Yougoslavie et le 15 en URSS
Caesar palace
Virgin Interactive - 1993
En entre un caesar palace s'il vous plait, merci. par EcstazY

Extras : Musique - Manuel TXT - Manuel PDF
Lhiver svit. Et vice et versa. Cest le teint ple et blafard, lil morne et au fond des synapses une dprime qui coule que je me roule dans mon plaid. Le ciel bas et triste de Paris achevant de plomber une situation de dtresse intense. Je nai plus rien lire, la musique mennuie, je suis gagn par langoisse de la mort. Les spasmes anaux qui magitent maffirment que je dois lutter. Lentement, je me droule comme un vieux tapis roul dans un coin, et jentame un mouvement mou de dploiement de mes longs bras inutiles. Le secours est ma Game Gear affirme mon cerveau embrum. Pourquoi pas.

Triste dchance que la mienne. Il y a encore quelques mois le jeune homme fringuant et svrement burn que je suis arpentait le monde la recherche de sensations incroyables, de savoir, de rencontres, de contrats mirobolants. uvrant pour les entreprises les plus prestigieuses, toujours une carte bleue dun pays dont on ne connait mme pas la monnaie dans la poche, une femme dans la main, un sourire enjleur me faisant tringler les plus jolies serveuses des palaces o je logeais. Une sorte de James Bond, rel. Chaque avion me dposait au pied de ma voiture, jamais la mme, o mattendait une lettre de la succursale visite, et une bouteille de Dom Prignon 82, le meilleur. Je dteste la mdiocrit. Laction est ma vie, je suis une aventure.

Le programme tait rod comme une partition de Wagner, lindustrie en marche. Larrive, quelques serrages de mains, une phrase qui tue, la pression qui monte, un pays qui redmarre. 24h plus tard je repartais vers une autre destination, o mon mtier de langue de sniper refaisait ouvrage. Une phrase = un mort. Un directeur vir dans la minute, sans autre forme de procs, une pimbche repartant en bus l o je reprenais lAston Martin DB9 du moment. Ma vie finalement.

Et le soir la solitude. Des milliers de dollars dpenser, comme a pour la blague. LA crise ? Oui, je vis avec oui. Et je suis contre. Tout comme la pauvret, la faim dans le monde, le trou de la couche dozone. Je plaisante, je men branle comme de lan 40. Et pourtant lan 40 nest pas anodin, tant le dbut de la rvolte des annamites contre la Chine port par la bravoure des surs Trung. Mais l nest pas le propos.

Lorsque lon est sans aucun problme financier et que lon se perd dans les affres de ce monde, on va au casino. Cest pratique. Cela permet de passer le temps, dans une masse faussement chic, qui est en fait aussi perdue que moi. Pourquoi pas. Le frisson de perdre de largent. Jeter en sen foutant une paire de jetons de 10 000$ sur une table, en sachant quil y a une chance sur 8 854 124 que cette boule se pose sur ma position. Pourquoi pas. Demander un croupier pay une misre sil peut faire de la monnaie sur mes jetons de 50 000$ car le bar ne veut pas car cest trop gros. Soit. Jaime le risque, le bruit des machines, les clignotants des compteurs, les hurlements comme les suicides des pertes Jaime le casino.

Alors quand sur la Game Gear qui meublait mes nombreux vols en avions, jai dcouvert Caesar Palace, ma vie prit les teintes colores saumones de lamour. Le souffle chaud de la passion du jeu remontait mon cerveau drogu aux bulles de champagne et des volutes de cohibas, il me fallait tester la chose.

Ecran titre. Rien. Un texte baveux absolument illisible sur lcran lui-mme flou de la machine de Sega me prvient que je ne dois pas jouer, cest juste de lamusement. Jouer cest mal. Salauds dAmricains, quelle bande de vieux faux-culs la noix. Je cre mon hros, lance le jeu sans autre forme de procs.

Le Caesar Palace. Pour qui a dj pos le pied en crpe de ses Weston sur les sables de la valle de la mort, cest lun des piliers de Vegas. Des faux temples, des statues partout, du stuc tous les tages, des hommes en toges ne plus savoir o les mettre, et une foule de badauds venue dpenser les sous quils nont pas dans des machines sous et des tables de jeux. Le chiffre daffaire dun casino de ce format est de plus de 300 millions de dollars par jour, jackpot, cash, impair et passe. Lambiance y est unique, alors cest presque un peu fbrile que je regarde ce que moffre le jeu.

Mon hros, seul, sous les traits improbable du looser de service, se balade dans une salle la moquette rouge moche. Dans sa droute, il navigue entre les dizaines de machines sous, et quelques tables. On aperoit les diffrents grands classiques : poker vido, bandit manchot, table de black jack, de craps, de 421, de roulette. Et grille de Keno, quelques jeux gratter et voila. Au lancement, les tables des vrais, ceux qui dpensent des fortunes dans rien sont fermes mon hros la gomme. Soit, je vais devoir gagner des sous comme un pquin lambda.

Je commence par le jeu de ceux qui savent que les statistiques sont bonnes : le black jack. Une main donne les cartes. Flottantes dans les airs, le malaise se dgage. Il ny a plus de musique, pas de bruitage, simplement une main qui pose des cartes devant moi. Aucune explication sur les boutons, il faut tout deviner. Quelques erreurs de bouton plus tard, jai perdu 200$ sur des mains en or. La crispation est l, je quitte la table dun start vengeur. Le spectre la main volante est un encul.

Je file alors sur les machines sous. Il nest malheureusement pas question de se siroter une petite tequila en dpensant dans la fente les mois dconomies de mon hros lambda. Ici, cest le jeu et rien. Encore une fois, pas dexplication. Je mets dix minutes chercher la fente o glisser ma picette. Puis je perds. Une fois, dix fois, vingt fois. Je viens de me souvenir pourquoi je hais les machines sous. Confier mes deniers une machine ingrate nest pas mon truc, je prfre le contact viril de la table, le sige collant en ska pourri qui garde quelques minutes la raie de sueur des fesses du voisin qui a explos en vol sous la pression. Direction le craps.

Une main arthritique se dplace sur la table pour placer les mises. Aucune explication nest donne sur ce jeu que le nophyte connait gnralement peu. Et ne comptez pas sur le voisin qui connait tout des vrais casinos, l vous tes seul. Toujours pas de son. Les ds se jettent, et roulent comme sous leffet dune gravit lunaire, pendant trs longtemps. Mais comme vous tes seul sur place, il ny a aucune pression. Lenvie de se dshabiller et de se toucher sur la table est forte, mais le jeu nest pas trs fun Il est temps daller au poker vido.

Comme sur une vraie machine, cest amusant. 2 minutes. Puis lappel de la table se fait sentir, je veux gagner des vrais $ avec des hommes qui en ont, et sentir lodeur cre de la pression sous des lampes basses dans un silence cette fois de bon aloi. Rat.

Reste les cache-misre que sont les jeux gratter acheter au distributeur de jetons, ou le Keno des guignols, qui me rappellent ma grand-mre. Rien, rien rien ne vient mter cette terrible impression de vide. Le Caesar Palace est loin, si le fronton de pierre lentre ntait pas l, je me prendrai nen pas douter pour une femme de mnage de nuit, me promenant dans les alles dsertes.

Le vide. Ne reste que le vide. Lenvie de macharner pour gagner des jetons sur des jeux mal mis en place mest trop lointaine, jerre comme un con, la recherche dun bar virtuel pour dpenser les sous fraichement gagns. Non, casino, je ne boirais pas de ton eau !

Je reprends mes esprits. Je suis dans lavion, le brouhaha des moteurs reprend possession de mes cils auditifs pralablement plongs dans le rien sonore du Caesar Palace , et je suis 9000m au dessus de Madagascar. Wow.

Depuis le monde sest croul. N'ayant plus rien perdre ni Dieu en qui croire, afin qu'ils me rendent mes amours drisoires, moi, comme les vrais joueurs, j'ai pri les casinos de la nuit. Et je garde cette esprance d'un dsastre arien qui me ramnerait le vrai Caesar Palace, salle de jeux dtourne de l'attraction des astres.
Le point de vue de César Ramos :
Peu courant, mais rien. Le monde s'en fiche et il a raison.