Le site de la droite molle.
Conquest of the Crystal Palace
Quest - 1990
Quand les mouettes suivent le chalutier, c'est qu'elles pensent que des sardines seront jetées à la mer. par Enker

Extras : Musique - Manuel TXT - Manuel PDF
Février 2016. Un beau jour quelconque au bureau, je me suis senti lenvie inexplicable de vouloir changer le fond musical de mes écouteurs et denvoyer du bon vieux chiptune qui tache, de la musique oldies comme on nen fait plus. Ouverture de Youtube, clic rapide sur un énième « top 70 des meilleures musiques NES ». Mon dieu que ça sent léchec, mais diable, peu importe le flacon tant quon a livresse !
Les pistes défilaient en fond, la satisfaction sinscrivait sur mon visage. Rien de plus. Puis vint le moment fatidique : fermeture dun dossier et remontée de lexploreur web sur mon deuxième écran. Sous mes yeux ahuris défilaient alors des images dun jeu, images qui nauraient probablement pas eu plus deffet sur moi que la raie hélas bien trop visible de la camionneuse remplissant son fuel à la station essence sur ma libido si elles navaient pas été précédées par un titre pour le moins barbare. Flash instantané, envie dinstant buyer comme on le dit dans le milieu, quelques heures plus tard lirréparable était commis (pour la cartouche, pas la camionneuse hein).



Depuis combien dannées ma NES navait pas avalé goulument une cartouche telle une petite salope des bas quartiers (merde à la censure) ? Ben tiens, loccasion est trop belle. Sans connaitre quoi que ce soit du jeu en question, je savais que je le déflorerais en toute innocence à lancienne sur ma bonne vieille console, juste pour son titre abscons et tellement old school. Oui, parce le Crystal Palace dont il est ici question évoque pour moi le club de football anglais du même nom qui, au-delà du fait de mavoir toujours amusé, aura permis au King Eric (rapport à laccroche de la présente critique, pour ceux qui auraient du mal) de renforcer sa légende. Qui était déjà grande, mais atteignit là des sommets immémoriaux.
Nen déplaise aux trois bulots du fond qui baillent, preuve ostensible sil en est de leur inculture crasse, je ne mabaisserai pas à relater ce geste de légende. Sachez tout au plus que ça parle vaguement de kung-fu dans la gueule dun jeune et sale briton.

Bref Crystal Palace, ça me parle, et sil sagit daller le conquérir ce nen est que meilleur. Je mempare donc de la fameuse manette aux arêtes à angle droit, enfonce la cartouche dans la console (après avoir esquissé un léger haussement de sourcil en contemplant le talent du graphiste de létiquette, talent que je qualifierais de douteux) et démarre la partie. Enfin, façon de parler, la NES reste une console mutine et nécessitera plusieurs redémarrages forcés, mais ça y est, on tient le bon bout. Crystal Palace, me voilà ! *insérez ici un rire démoniaque et énigmatique à la Fantomas*



Ecran titre immobile tout en simplicité et sans intérêt (si ce nest le logo de léditeur du jeu, je suis convaincu davoir déjà vu ce dragon rose quelque part, mais où ???), passons vite à la suite par un prompt mais non moins subtil et délicat Start. Le jeu balance immédiatement une introduction, plongée immédiate et immersive dans lhistoire, qui mest narrée par un chien. Oui, un chien. Un clebs. Non, pas Droopy, ni Rantanplan. Oubliez également Pif et le petit Pifou, glop glop, le canin ici présent porte le doux nom de Zap. Dieu que cest laid. Mais Zap est un chien qui en a et il parle !
Il explique au héros quil est son gardien attitré. Exactement. Le chien me (oui, moi, car limmersion atteint son paroxysme et je noublie pas que je suis lincarnation du héros de ce jeu) couve depuis ma plus tendre enfance alors que dinfâmes démons ont pris possession du Crystal Palace. Et maintenant que jai atteint un certain âge, il est temps daller reprendre possession de mon dû, occire du streum, bouter les intrus hors de mes frontières et montrer que le boss, ici, cest moi.
Ca me plait. Jusquà ce que je revoie le doux sobriquet dudit héros : Farron. Il y a des limites à limmersion totale. Désolidarisation instantanée, je retourne à mon quotidien mièvre : désolé princesse, il va falloir que tu trouves quelquun dautre pour te fesser au lit ce soir, nous le savons tous deux, je mérite mieux quun prénom aussi vilain.



Evidemment quil y a une princesse à secourir, noubliez pas que nous jouons à un jeu NES de 1990 ! Nous avons certains standards à respecter, mais croyez-moi lessentiel est ailleurs. Notre ami le chien, une fois sa petite intro déroulée, propose de choisir entre trois items affectant les capacités du héros. Selon lorbe sélectionnée, le brave Farron (ses parents ne devaient pas vouloir de lui, lIVG nétait sans doute pas autorisé au Crystal Palace, je ne vois pas dautre explication) verra au choix sa barre dénergie, sa capacité de saut ou bien sa puissance de frappe augmentées. Excellent point qui permet de refaire le jeu de manière différente ! Il est toutefois à noter que chaque item peut être récupéré en cours de partie, mais japprécie réellement cette petite ingéniosité qui mest totalement inédite sur NES, a fortiori sur ce type de jeux.

Conquest of the Crystal Palace est en effet un bête jeu de plates-formes / action comme il en existe quinze à la douzaine sur NES. Quand des développeurs ne savaient pas quoi faire comme jeu à lépoque, pouf : jeu de plates-formes / action ! Des bons, des moins bons, des nuls, il y en a pour tous les gouts et tous les niveaux, les plus mauvaises cartouches pouvant aisément substituer aux parpaings pour la réfection des murs vicinaux. Un peu comme à Carcassonne, où les habitants de la ville construisaient leurs baraques avec les pierres de la Cité qui menaçait ainsi de disparaitre, jusquà larrivée de Violet-le-Duc et dautres éminents personnages qui interdirent le pillage et recomposèrent ainsi les murs et remparts à grands coups dimportation et de cartouches de Shaq-Fu, pour en faire cette merveille architecturale que lon connait tous.
[NES Pas?], cest aussi le site de la culture quand on ne lattend pas.



Chose complètement folle, notre héros débute sa quête par le premier tableau ! Observation sibylline, vous en conviendrez, mais qui soulève un lièvre : pas de mot de passe ni de sauvegarde. Le joueur expérimenté laura tout de suite compris, pour voir la fin de ce jeu il faudra traverser les cinq niveaux dune seule traite. Et croyez-moi, la fin se mérite et ne soffre pas aux bleus bites (mais depuis le temps que lon se connait, nous savons bien que vous nen faites pas partie). Conquest of the Crystal Palace est assez rude, pique un peu comme la tante Berthe, sapprend à la dure : bref, ce jeu est difficile. Pas de la difficulté toute rascleuse que lon a honni si souvent, mais plutôt celle assez frustrante qui donne envie de faire manger la manette à la console alors quau final, le problème, cest vous ! Et aussi un peu la physique toute particulière de notre avatar vidéoludique, il est toujours bon ton de le rappeler.

Transition toute trouvée pour revenir sur notre beau héros, le « prince Pédé lami du gouter » comme lappellent ses amis imaginaires. Il se déplace assez mollement, na pas de bouton pour courir et a un physique proche du Flamby. Mais il répond malgré tout de manière irréprochable aux commandes, tenons-nous là un petit miracle inespéré ? Ne sois donc pas si impatient, la réponse se trouve dans le paragraphe suivant.



Difficile de sexalter devant la course de notre héros qui se traine un peu la bite, la demi molle qui colle à lentrejambe, celle qui commence à devenir difficile à dissimuler en réunion. Et pourtant il est maniable, cest assez décontenançant. Ses sauts obéissent à la même logique et renforcent limpression de lourdeur du personnage : cest une sorte de golem hybride qui répond présent, une limace agile. Et cest donc ce jeune pourceau qui veut monter sur le trône ? Laissez-moi rire !*insérez ici un rire démoniaque et énigmatique à la Marcel Desailly*

En fait, le seul impair se trouve au niveau du saut *ascendant*. Comprenez bien, je parle du moment où le héros prend de la hauteur, pas quand il retombe. Ca non, on sen fiche bien, rien ne saurait vous contrarier. En revanche si vous avez la mauvaise idée, pour je ne sais quelle raison (je ne sais pas moi, un truc farfelu comme vouloir dégager un ennemi), de dégainer votre lame en plein saut, pouf, sanction inextricable et définitive. Porter un coup en lair annule le saut et vous fait retomber illico, ce qui provoque par là même des situations ubuesques lors des premières parties à la découverte de cet épiphénomène. Sincèrement, je nai pas souvenir dune telle subtilité rigolarde, mais sur le coup ça ma laissé un peu froid.
Mais autant on peut se crouter comme une merde dans le premier précipice venu à cause de cette petite blagounette des développeurs, autant on peut aussi détourner la chose et ainsi devenir un champion de lesquive. Le saut est ici un élément à part dans le gameplay quil est important de bien maitriser pour espérer aller loin dans laventure.



Notre héros, cousin de la chaussette mouillée roulée en boule, traverse donc les niveaux avec sa petite épée prêt à mener des duels au corps à corps. La lame est efficace mais appellera toutefois à la prudence de par sa courte portée. Jaime beaucoup trancher à tout va et je ne suis pas peu fier davoir découvert sans aide la botte secrète de notre nain de jardin : en appuyant sur la direction opposée juste après avoir décoché un coup dépée, ce dernier se retourne instantanément et porte un coup plus puissant en arrière dans un schlac vengeur. Je mamuse à placer la combine dès que je peux : cest vraiment un coup inutile donc totalement indispensable. Mais dans lensemble les ennemis tombent comme des mouches et, avec une aisance non dissimulée, notre héros les débite en tranches (débite en tranches, débite en tranche, DEBIIIIIIIIIIIIIIITE !!!)
Parfois, certains ennemis laisseront derrière eux des items comme un bonus temporaire pour lépée, celui qui permet dattaquer à distance et de rendre les choses plus belles. Son effet disparaitra après un certain nombre de coups portés, mais en bénéficier au moment de rencontrer un boss na pas de prix.



A certains endroits des niveaux, une bouche de métro conduira à la rue Montgallet et il sera possible dacheter du matériel informatique à pas cher dans ses boutiques asiatiques. Je plaisante. Notre héros rencontrera sur son chemin une jeune vendeuse qui, sous sa robe chinoise, proposera des items divers et variés afin de faciliter la progression. De la recharge dénergie à la vie supplémentaire, en passant par les armes secondaires, on se met à aimer ouvertement la jeune fille. Jai presque envie de laisser tomber la mission en cours et lui proposer de partir main dans la main, courir dans les vertes prairies, jouer en riant dans la rivière, lui soulever la jupe, aller faire des enfants derrière laire de pique-nique du coin ! Raaaaaah ! Puis je reprends mes esprits et je me souviens que cette cruche ma vendu des armes secondaires sans mexpliquer comment les utiliser. Je vois bien sur lécran que je dispose dun arsenal varié, mais comment les déclencher foutredieu ?



Cette godiche de vendeuse parle bien dune combinaison haut+B mais ça ne sert à rien. Par dépit, jai fini par consulter Gamefaqs et appris que la solution était tout naturellement dappuyer sur bas+A, ce qui permet de sélectionner litem secondaire. Merci internet. Sincèrement, qui aurait trouvé intuitivement, sans manuel, que pour utiliser la boule de feu qui tend les bras avec son regard aguicheur de petite salope qui se refuse (merde à la censure, ça fait déjà deux fois) il fallait appuyer sur bas et A en même temps ? Ce nest pas comme sil y avait un bouton qui sappelle Select sur la manette, bouton qui sert généralement à sélectionner comme son nom éponyme lindique. Dites-moi messieurs les développeurs, vous ne seriez-vous pas un peu foutus de nos gueules sur le coup, mmmmmmmm ?
Ca doit être une conspiration mondiale. Des gars ont créé des manettes pour jouer et inclu un bouton tout en sachant quil ne sera jamais utilisé par personne. Cest moche. Sauf que là il aurait été utile, pourquoi ne pas lavoir attribué à cette commande toute bête ? Je minterroge, sérieusement.



fin bon, les armes secondaires rendent les choses plus simples, cest cool, bien quelles soient à durée limitée à limage du power-up de lépée dont je parlais déjà plus haut. On peut aussi appeler à la rescousse le clebs qui ne sert à rien et qui se fait gangbanger par les ennemis comme une jeune aveugle devant un glory hole en braille (je crois que la censure a compris là, mais je veux bien une illustration quand même). Mais vu que lensemble est assez ardu, on ne crachera pas sur ce petit présent tombé du ciel (non, je ne parle plus de la jeune aveugle, suivez bordel !)



Ensemble assez ardu certes, quoique réparti progressivement. Les deux premiers niveaux se traversent allègrement, une main dans le fut et lautre sur la manette, le temps dapprendre à maitriser la bête. Le ton monte tout doux, rien dinsurmontable pour les esthètes que nous sommes. Dès le troisième tableau, ça pique (et pas que les yeux) mais ce nest encore rien par rapport au suivant, celui de lenfer rose.
Non, il ne sagit pas un mouvement néo-lesbien mais dune mise à lépreuve pour les plus hardis dentre nous. Imaginez plutôt : un sol qui tue, un plafond qui tue, des plates-formes habilement placées pour pousser à léchec lorsquelles ne seffondrent pas, des colonnes de feu qui surgissent sans prévenir et des ennemis facétieux prêts à vous piquer le derche et vous plonger dans les affres du game over. Ce niveau me rappelle furieusement celui du soleil dans Life Force, gage de qualité. Vous allez suer comme un goret pour voir le bout de celui-ci et invoquer le ciel pour quun ennemi laisse derrière lui le bonus dinvicibilité, croyez-moi.

Enfin, le cinquième et dernier niveau contient un odieux labyrinthe dont les branches tournent en boucle tant que lon na pas trouvé le bon chemin. Ca aussi cest de loldisme dans son jus, lorsque linspiration vient à manquer : hop ! Labyrinthe ! Celui-ci est assez fourbe au point de donner au vrai chemin lillusion dêtre lui-même une mauvaise boucle et donc de pousser le joueur à explorer une nouvelle piste, procédé assez retors vous en conviendrez. Mais un duel épique en deux phases face à un boss final énorme est à la clé, du coup on se motive. Hop hop !



Et pour finir ce compte-rendu en grande pompe, vous prendriez bien un petit supplément de couleurs NES qui bavent, nest-ce pas ? Eh bien notre Crystal Palace ne manque pas à ses devoirs et propose une palette de couleurs ébouriffante ! A larrêt, les teintes sont assez quelconques, cest si bon comme ça. Mais dès que le scrolling est amorcé, quand tout se mélange, ça donne un gout étrange (© Sinclair) qui bave dans tous les sens et transporte le rendu aux limites de ce que mes performances visuelles tolèrent. Ajoutons à cela des petits ennemis monochromes en ton sur ton, et hop, voilà de la WIN en barre ! Vous êtes comme moi, je suis comme vous, nous avons vu pire. Mais ça reste tout de même toujours un brin déstabilisant, toujours acceptable mais pas forcément folichon pour autant. Je donne quand même un petit certificat de qualité au niveau 3, dont le choix et lapplication des teintes lui valent dans le milieu le doux surnom de « lendemain de tajine aux pruneaux ».
Les sprites des ennemis (et de notre héros, ne loublions pas) sont en revanche la simplicité même mais restent assez efficaces, je ne cracherai pas dessus. Si ce nest quils sont également frappés par le mauvais sort du colorateur fou, cest assez inégal tout ça.



Mais attendez Si vous avez bien lu jusquici, vous aurez noté que nous navons pas encore mentionné un point. Alors même que cest celui qui a conduit mes pas jusquà cette cartouche (oui oui, relisez le tout premier paragraphe si besoin) ! Je ne vous ferai pas languir plus longtemps, je termine avec la bande-son du jeu : nombreux sont les jeux ayant des musiques épiques, virant parfois au sublime. Batman, la série des Megaman, les Zelda, Saddam Husseins Hideout Eh bien ce nest pas le cas ici. Non pas quelle soit mauvaise, bien au contraire, mais cette bande-son manque dans son ensemble de létincelle qui lui permettrait dinscrire son nom dans le marbre du panthéon des jeux NES. Au lieu de cela, elle se contentera de se ranger un cran en-dessous dans le casier des bons sons, ceux qui accompagnent une partie plaisante et ne donnent pas une franche envie de baisser le volume pour balancer du Patrick Sébastien à fond les ballons dans les enceintes de la Vespa. Je les aime bien les musiques de ce jeu, leur sonorité asiatique colle parfaitement à lambiance, celle du premier niveau est une petite réussite qui mériterait une franche accolade à leur compositeur si je venais à le rencontrer. Dommage que les boucles soient dans lensemble trop courtes et répétitives, sans quoi on aurait eu du TRES TRES bon, il sen sera fallu de peu.



Je crois que jai à peu près fait le tour du sujet. Conquest of the Crystal Palace aura été une excellente surprise, de celles que lon nattend plus après avoir tant baroudé. Dois-je pour autant en faire un top de la NES ? Je ne crois pas, non. Est-ce un must have ? Oui, à condition daimer admirer les aplats anaglyphes de Klimt avec les lunettes 3D adéquates. Cest en fait un bon petit jeu honnête, qui prouve que tous les titres qui nont pas traversé lAtlantique ne sont pas forcément les bouses que lon veut nous faire croire. Il lui manque juste les petits détails qui taillent les légendes dans la roche, comme une meilleure fluidité et un rendu graphique plus travaillé, la finition qui fait les grands jeux

Et soudain, le miracle : faire tourner le jeu sur émulateur permet de gommer certaines lacunes. Les infâmes couleurs baveuses passent à la trappe et les décors saffichent dans toute leur splendeur, le rythme qui se trainait la bite nest quune conséquence des pauvres 50Hz de nos consoles européennes, sur le support dorigine il est en fait plus quacceptable (tu métonnes, il était calibré pour ce format à la base) ! Il subsiste encore quelques impondérables que la technique ne saurait améliorer, mais ces seuls petits correctifs magnifient la cartouche et la rendent autrement plus sympathique... Alors devant un tel revirement de situation, tous ensemble : « Ooooh, aaaaah, CantonAAAAAA !!! »
Le point de vue de César Ramos :
Ce bon petit jeu a su rester abordable à toutes les bourses. C'est ce que j'appelle un oldisme gagnant-gagnant.