Martine Leucate.
Zelda 1 - Legend of Zelda
Nintendo - 1986
Lhistoire dune vie par Hebus San

Extras : Musique - Manuel TXT - Manuel PDF
Je suis un homme comblé. Jai un travail, une femme, et très bientôt la famille va sagrandir. Pourtant à laube de ce test je ne peux mempêcher de penser que bien des choses auraient pu tourner différemment sans un évènement majeur dans mon existence : la découverte de Zelda sur NES. Converti très jeune aux plaisirs du jeu vidéo par mon grand-père et un CPC 6128, cest en vain que jessayais de convaincre un ami de se faire offrir la même machine par ses parents plus compréhensifs que les miens. Heureusement il a tenu bon. Ghassan si tu lis ces lignes, reçois lassurance de ma gratitude éternelle. Cest donc à la naissance de lété 1988 quil me présente son choix final pour le jeu. Une NES. Javoue en avoir vaguement entendu parler, mais rien de plus. Et surtout rien de fracassant : on ne peut pas copier les jeux ! (tout petit déjà)



Mais tout allait basculer sous limpulsion dune cartouche en or



Zelda quel nom étrange nest-ce pas ? Et quel destin fantastique pour ce jeu né dans lesprit dun seul homme : Shigeru Miyamoto. Bien sûr vu en 2004 lhistoire est belle mais banale, comme toutes celles des succès commerciaux classiques. Pourtant vous ne vous imaginez pas tout ce qui a pu entourer la naissance de ce mythe. Lors de sa sortie ce jeu bouscule tous les concepts ludiques de lépoque. Je revois encore les fières rangées de cartouches suspendues dans leurs boîtiers antivols près du rayon télés du Monlaur du coin (ou du Mammouth, au choix). A lépoque pas de magasine dédié aux consoles, pas de test, pas dinternet. Un jeu se vendait essentiellement par son packaging, par la licence quil exploitait (nulle ici donc) puis par le bouche à oreille des cours de récré.



Le packaging en impose à lépoque. Une boîte dorée pour une cartouche dorée ! Quelle excentricité pour le début des années 80 !! (les porte-clés spiralés fluo nont pas encore pris le pouvoir). Mais qui dit moyens exceptionnels dit inéluctablement jeu exceptionnel. Si,si, je vous assure quil fut un temps où cétait vrai Mmhhfff **gros soupir**.



Première révolution : la présence dune pile de sauvegarde. Un bout de RAM si vous préférez. Le joueur va donc pouvoir librement sauver ses parties et reprendre le jeu là où il la quitté quand il a éteint sa console. Pour tous les jeunes daujourdhui ça a lair de rien comme ça, pas vrai ? Avec le recul on se dit que Miyamoto San est un véritable visionnaire dont la seule préoccupation est de donner du plaisir aux joueurs en leur apportant quelque chose dessentiel sans quils en aient forcément exprimé le besoin. Avant Zelda tout le monde se foutait pas mal de sauver ou pas ses parties. Cela donnait même du charme aux jeux ! Obligé de finir ceux-ci dune traite ou bien de tout se retaper. Heureusement quils étaient courts en ce temps là (quoique). Et bien Miyamoto San nous dit en substance « il va falloir changer votre point de vue messieurs les joueurs, une nouvelle ère sannonce ». Et il y croit. Et Dieu tout puissant quil avait raison dy croire.



La présence de la pile va délivrer les développeurs dune chape de plomb : la longueur dun jeu nest plus une problématique. Cest désormais seule la taille de la cartouche qui limitera ce paramètre. Lesprit créatif va pouvoir sen donner à cur joie dans ce nouveau champ dinvestigation totalement vierge. Oh bien sûr il faut encore se plier aux contraintes techniques, mais ce nest pas réellement un souci quand on programme sur une NES.



Zelda est un. Unique. Il est la pierre angulaire de tout un pan de lhistoire du jeu. Le virage qui vous place dans la bonne direction. Enfin la chicane dirons nous parce que nom de nom ça vire sec ! Exit la sacro-sainte plateforme, les jeux de sports ou les shmup. Place à laventure. Enfin laventure/action. Genre hybride mêlant exploration et combats. Et comme je naime pas les culs entre deux chaises, et que les journaleux de lépoque non plus, tout le monde va se mettre à appeler ce genre le « Zelda-Like ». Comme plein de jeux après lui, oui, mais comme aucun avant. Et lappellation tient toujours 15 ans après. Peu de jeux peuvent se vanter davoir institutionnaliser un genre, même pas Mario. Zelda appartient à ce cercle très fermé. Il y aura eu un avant et un après Zelda.



Alors pourquoi tout ce flan (encore une fois ce mot, et je ne réponds plus de mes actes) ?



Parce quau-delà de son concept radicalement novateur, Zelda est un concentré de tout ce qui fait jouir un joueur ! Un monde immense tout dabord. Cest vrai quavec 15 ans de recul ça paraît pas bien grand mais bon, vous avez tous en souvenir un toboggan cauchemardesque qui a perturbé tout votre enfance en vous narguant de sa vertigineuse et inaccessible hauteur ? Retournez le voir. Oui, vous êtes quasiment plus grand que lui (peut être pas Greg en fait). Voilà vous avez saisi lidée (Peut être pas Ghost en fait). Lesprit des joueurs dalors est semblable à cet enfant devant linsurmontable : il nest pas habitué à quelque chose daussi vaste. Et comme vous avez tous vaincu le toboggan, il va vaincre Zelda. Oui, avec la même jouissance totipotente nimbée de limpression de tenir le monde dans une seule main (parce quon se branle dessus de lautre). Sans soluce finir Zelda pour un gamin de lépoque va demander une persévérance hors pair. On cherche des jours entiers, on évolue dans un référentiel totalement nouveau, et donc point dautomatismes salvateurs évitant de longues périodes derrance pour trouver quoi faire (pousser les tombes. Aaaah, putain cest trop fort !). Mais au final on hurle comme un goret promis à la broche quand on arrive enfin à récolter ce PUTAIN de bâton magique du donjon 6 (jen ai encore des cauchemars).



Miyamoto San sest régalé en collant des bouts de salles secrètes par-ci, des buissons qui brûlent par là, des mares qui se vident au son du pipeau, et ainsi de suite. Cest là que réside la grande force de Zelda : il innove dans tous les domaines du gameplay. Il faut habiller ce vaste monde ? Pas de souci, on va coller un inventaire à Link. Il faut personnaliser le jeu ? Aucun problème, les joueurs pourront renommer Link (une première !). Mais les joueurs ne risquent pas de se perdre dans un monde aussi grand ? Ben on a quà coller une carte qui se découvre au fil de la progression ! Et ainsi de suite. Rien na été laissé au hasard. Rien.



Zelda tire la quintessence de la console parce que cétait nécessaire à lhistoire du jeu. Un tel potentiel de gameplay et de scénario ne pouvait pas se permettre le luxe de shabiller dune réalisation minable. Les graphismes sont épurés mais parfaitement adaptés. La vue de dessus en écrans successifs est une pure merveille dingéniosité. Les monstres sont vraiment pénibles, et nivellent les zones de façon remarquable. Exemple ? Le joueur a une liberté quasi-totale daction, mais il lui faudra de grosses couilles pour saventurer dans les montagnes au début de laventure sous peine de se faire poinçonner le derche. Cest ça la patte de Miyamoto. Et ça marche à merveille : on ne va pas dans les montagnes avant dêtre bien couillu. Le cloisonnement dans un jeu est enfin « logique ».



Mais là où Zelda va définitivement enfoncer le clou, cest sur le plan musical. Et cest Koji Kondo qui tient le marteau. Vous ne connaissez pas Koji Kondo ? Cest normal, les compositeurs de musiques de jeux nétaient pas plus connus en 1988 quen 2004. Mais paradoxalement ce sont des morceaux entiers de son uvre que vous êtes capables de siffler spontanément. La moitié de la planète connaît la musique de Mario, et pratiquement autant le thème principal de Zelda. Cest bien simple, les gens qui me connaissent savent à quel point une musique me touche simplement en regardant mes avant bras : si le poil se dresse, cest bon signe. « Puisque tu pars » de Goldman, le thème des Choristes ; le thème de Terminator 2, « Il était là (le fauteuil) » de Sardou,, tous me font dresser la pilosité, voire plus selon lhumeur du moment. Avec le thème de Zelda cest une chair de poule digne dun enfant fiévreux en plein hiver de Sibérie. Pour tout un tas de raison cest certain : le souvenir de cet été passé à chercher les clés de lultime cachot, les émotions puissantes de la magie de lenfance, la joie de vivre sans aucune considération pour le lendemain autant dexplications plausibles pour justifier lémotion sans borne qui accompagne cette rengaine. Oui, mais cela naurait pas fonctionné avec une musique quelconque. Et celle de Zelda est loin dêtre quelconque. Elle a beau être là même tout au long du jeu, pas une seule fois vous ne la trouverez répétitive. Et celle des donjons est du même tonneau, cest tout dire.



Dieu a créé la terre et les hommes ; les hommes ont créé le jeu, Miyamoto a crée Zelda. Oui cest pompeux, mais ça ne sonne pas si faux dans lesprit de ceux qui ont vécu lessor de cette légende. Qui plus est vous y reviendrez ! Et cest une preuve irréfutable de la marque des Seigneurs quand on connaît la replay value des jeux daventure en général.



Zelda ma ouvert une porte. Il ma définitivement changé. Puéril et pathétique pensez-vous ? Peut être, mais en y réfléchissant bien cest le premier jeu qui ma scotché à ce point là devant un écran. Et après ça rien na plus été pareil. Il est possible que jamalgame un peu trop facilement ma maturité comportementale en pleine évolution et limpact de ce jeu qui nest peut être rien dautre quune bienheureuse coïncidence, mais cest si bon dy croire, non ?



Béni soit Shigeru Miyamoto davoir su prouver son génie à la face du monde de cette façon, et ainsi davoir gravé à jamais dans le cur de millions denfants une joie indélébile.



Alors jouez à Zelda. Ou ny jouez pas. Cest peut être le seul jeu quon ne puisse pas conseiller, tant le sentiment de plénitude qui habite ceux qui lont possédé (à moins que ce ne soit Zelda qui nous possède) annihile jusquà la volonté de se battre pour le faire connaître. Du reste ce serait une insulte. Zelda est au dessus de ça. Bien au dessus. Il dépasse largement le simple cadre des loisirs. Cest un jeu devenu émotion au fil des années. Il EST Zelda, maintenant et pour léternité.



Oscar Wilde a dit : « Détruit ce que tu aimes, ou ce que tu aimes te détruira ». Si Zelda est le bourreau, je serai volontaire pour être la victime.

Bonus :

Parce que sur NES Pas on aime le travail bien fait, et aussi les smarties, hop, la carte en français glissée avec le jeu, en haute définition. Mon RIB est en pièce jointe aussi, si vous souhaitez me remercier.

Carte 1
Carte 2
Le point de vue de César Ramos :
Très commun, mais diaboliquement demandé... Donc surestimé...