"Coucou. Tu veux voir ma bite."
La saga Zelda

Quand Nintendo entre dans la légende par Hebus San

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Pourquoi écrire encore un papier sur Zelda ?

A bien y réfléchir je crois que le sujet me tient à cœur depuis bien trop longtemps pour que je le garde encore pour moi.

Zelda. Quel nom étrange, n’est-ce pas ? 5 lettres possédant une aura peu commune. 5 lettres qui rayonnent de mystère et de puissance. 5 lettres qui symbolisent à elles seules tellement de révolutions ludiques passées et certainement à venir. On peut d’ailleurs s’interroger sur la formidable fascination exercée par ce nom. Tient-elle à sa consonance si particulière ? L’emploi du Z, dernière lettre de l’alphabet de la plupart des pays mondiaux et qui symbolise de ce fait beaucoup de choses (comme le X d’ailleurs) métaphysiques, y est-il pour quelque chose ? Ou bien est-ce le colossal succès du premier opus qui seul détient les clés de l’explication du phénomène Zelda ?

Autant de question sans réponses. Ou alors si peu. Il est probable que tous ces aspects soient liés. Un jeu ne peut pas accéder au statut de légende sans une qualité irréprochable dans ses fondements (graphismes, musiques, gameplay, jouabilité…), mais c’est également vrai en ce qui concerne sa forme. De tous ces points de vue réunis Zelda est une entité unique qui, partant d’un jeu si abouti à sa sortie qu’il possède plusieurs années d’avance sur la concurrence, est parvenu, à force de travail et de persévérance des équipes qui ont développé ses suites, à atteindre le statut de mythe. Bien au delà d’un mario, d’un sonic ou des récentes séries à succès sur les consoles d’aujourd’hui, les Zelda forment une saga d’une cohérence rarement prise en défaut. Cette cohésion est la grande force des Zelda. Et peut être leur plus grande faiblesse. Un allergique aux Zelda le restera toute sa vie. Du moins est-ce à espérer tant les aficionados du genre sont nombreux, et tant il serait dangereux de risquer les décevoir profondément en tentant le diable pour grappiller quelques parts de marché. C’est cette cohérence qui fait que tous les amoureux de Link prennent toujours autant de plaisir à le retrouver pour de nouvelles aventures. On se sent chez soit quand on parcourt Hyrule. Et même si on trouve toujours à redire sur tel ou tel opus, on est toujours dans un Zelda, et jamais mécontent d’y être. Un poil déçu c’est possible en fonction de ses goûts et références personnelles, mais on ne regrette pas d’y investir un peu de son argent et beaucoup de son temps.

Le mythe est née de la vision d’un homme : Shigeru Miyamoto. Tout un chacun connaît l’histoire de l’homme le plus célèbre de Nintendo (devant même Gunpei Yokoi alors qu’il a peut être moins de talent, ou tout du moins un talent différent) puisqu’il est également le papa de mario. Quand on questionne Miyamoto sur ses motivations à réaliser un tel jeu, il explique en substance que son profond plaisir d’enfant était d’explorer des recoins inconnus et aller toujours plus loin pour voir ce qu’il y a à découvrir par soi même. Plaisir partagé entre autres par Hayao Miyazaki dans ses films aux univers oniriques enchantés qui se trouvent tout simplement au bout du tunnel ferroviaire ou sous une haie. Mais Miyamoto n’est pas réalisateur d’animés, il est concepteur de jeux vidéo. Alors il va mettre son talent et tous ses rêves dans une cartouche. Un jeu visionnaire, un bombe vidéoludique sans précédent. Il est essentiel de comprendre que Zelda chamboule la tradition de son époque. Ca peut paraître bien futile aujourd’hui, mais en 1987 les choses étaient toute autres. L’industrie du jeu vidéo est alors partagée entre les délires artistiques des réalisateurs qui commencent à entrapercevoir les fabuleuses possibilité de ce nouveau moyen d’expression, et les impératifs mercantiles d’un marché naissant et déjà très prometteur. Mais le premier aspect a encore le dessus sur le second, ce qui va permettre à nombre de jeux totalement non conventionnels de voir le jour. Zelda est de ceux là.



Au milieu des jeux de plateforme ou d’action à la linéarité quasi dogmatique, on voit arriver une étrange cartouche dorée au concept radicalement novateur. Le joueur est désormais libre, dans une certaine mesure, d’aller où bon lui semble. La notice du jeu lui donne bon nombre d’indices pour partir du bon pied, et puis vogue la galère. Vous êtes maîtres de votre destin. Les plus jeunes ne pourront jamais comprendre le furieux sentiment de totipotence qui s’est emparé de tous les joueurs touchant pour la première fois à Zelda. Envolé les contraintes imposées dans les jeux de plateforme, fini les limites de temps ou le nombre d’ennemi à tuer pour passer d’un niveau à l’autre. Zelda est aimé parce qu’il donne aux joueurs ce qu’ils attendaient depuis longtemps sans pouvoir dire exactement quoi : l’initiative de l’action. Vous décidez quoi faire et quand le faire.

Alors bien sûr les limitations techniques de la NES brident un peu cet absolu, mais dans l’idée c’est de ça qu’il s’agit. Sur le plan matériel, le joueur peut effectivement aller où il veut, mais dans les limites de son inventaire qui dès lors va devenir le fil conducteur « imposé » par les concepteurs du jeu. La grande différence est que ces limites sont suggérées plus qu’imposées, la plupart du temps logiques, et que le fil conducteur apparaît en transparence sans jamais qu’on ait l’impression qu’on nous force à quoi que ce soit. Avec le recul des années on s’aperçoit, chose curieuse et assez inattendue, que ce premier jeu est peut être le moins dirigiste de tous. Erreurs de jeunesse ou volonté de laisser une liberté accrue délibérée, Miyamoto a conçu son jeu de telle manière qu’il n’est pas forcé de faire les donjons dans l’ordre, ni même de les explorer en plein pour obtenir le morceau de triforce convoité, ce qu’il est très compliqué de réaliser avec Zelda 3.

Quoi qu’il en soit, le succès est fulgurant. Oubliées les parties de mario, au placard tous les autres jeux dont on était si fier. La sensation d’immersion est si forte qu’on ne peut pas se détacher de Zelda tant qu’on ne l’a pas fini. Et comme il est bougrement compliqué (chose classique à l’époque, les sorties de jeux étant très espacées, il fallait que le jeu dure longtemps) on y reste de longues semaines. A jeu exceptionnel packaging exceptionnel. Nintendo qui a bien compris qu’il possède là une pépite inestimable (et qui ne mesure certainement pas encore à quel point c’est vrai) va mettre les petits plats dans les grands. Cartouche dorée du plus bel effet, et force documents inclus dans la boite. Une carte et des explications détaillées pour bien commencer l’aventure. C’est qu’il ne fallait pas dérouter les chères têtes blondes par une trop grande désorientation dès le départ ! Ecueil évité. Lancement réussi, mise en orbite immédiate. Le jeu va passionner les foules.

Outre sa liberté d’action phénoménale qui entraîne une immersion accrue par le danger qui en découle pour votre personnage (quand vous êtes dans le 8 ème palais sans avoir passé le premier, vous mourez assez vite…), The Legend of Zelda s’appuie sur une réalisation graphique soignée. Sans être une extase graphique fantastique (toutes proportions gardées, nous sommes en 1987 ne l’oublions pas) le jeu bénéficie d’une très honorable prestation de la NES. C’est en fait suffisamment beau pour qu’on ne s’en rendre plus compte. Encore une fois c’est l’équilibre parfait qui est atteint. Dans un jeu trop beau, on passe son temps à admirer ce qui nous entoure, et on ne s’immerge pas suffisamment. A l’inverse, un visuel dégueulasse dessert cruellement une réalisation honnête puisqu’on ne voit plus que ça et que ça nous obnubile.

Une jouabilité d’orfèvre, des graphismes léchés, un visuel de vente aux petits oignons… mais que peut encore nous apporter Zelda ? Une musique intemporelle.

La musique de Zelda est sans nul doute possible l’une des plus belle jamais entendue sur un jeu vidéo. Oui vous êtes sur une 8 bits, oui ce sont bien des bip, des zloup et autres triiit qui s’assemblent pour donner corps à une mélodie, et pourtant je préfère mille fois écouter le thème de Zelda sur NES plutôt que de me salir les oreilles avec la dernière bande son philharmonique des jeux sur CD. La musique n’est pas à proprement parler grandiose, mais la mélodie est d’une limpidité, d’une clarté, d’une beauté à donner le frisson à n’importe quel imbécile allergique à la musique. Koji Kondo, compositeur du chef d’œuvre, a tutoyé les Dieux ce jour là. Le thème a d’ailleurs été repris, remixé, travaillé, arrangé sur la plupart des titres de la saga, et ce pour notre plus grand bonheur.

Outre la musique, il existe d’autres bases communes à toute la saga. Tout d’abord Link. Le héros à tous les sens du terme. Dans un souci de pureté évident, Link est un enfant. Si ce n’est pas très clair dans les 2 premiers épisodes, cela devient évident dès l’aventure sur gameboy. Engoncé dans son éternel costume vert, il arbore fièrement un autre des incontournables de la série : l’épée. Arme de base de tous les Zelda sans aucune exception, elle est le symbole de la force de Link. Se déclinant en plusieurs upgrade au fil de l’aventure, elle lance des rayons dans tous les épisodes en 2D pour peu que vous soyez en pleine santé. Autre particularité, vous commencerez toujours l’aventure sans elle. Volonté évidente d’accentuer l’immersion du joueur, c’est par vous même que vous trouverez ce qui vous conduira à l’aventure.

En bon héros qu’il est, Link utilisera également un bouclier pour se protéger. Là encore divers upgrade (pas toujours) et non disponible dès le début de l’aventure.

Citons également les célébrissimes boomerang et arc qui achèvent de compléter la trinité de l’arsenal de notre héros.

Et c’est cette extrême cohésion qui a permis de bâtir le mythe. Une fois qu’on a goûté à Zelda, on peut intuitivement jouer à tous les autres sans l’ombre d’une hésitation. C’est sans doute aucun l’élément fondamental de cette série et la source de son incommensurable succès.

La meilleure preuve est que la quasi totalité des jeux possèdent une étiquette relative à leur style et leur gameplay, alors que Zelda est un Zelda-like. Action, rpg, aventure, parfois plateforme, mini jeux, sont autant d’aspects revêtus par les titres de la saga. Il était donc bien naturel d’y consacrer un néologisme.

Tout ceci est bien beau, mais il faut fatalement une ombre au tableau pour que le reste semble encore plus lumineux. Le vilain petit canard de l’histoire s’appelle The Adventure of Link. Deuxième épisode de la série, il détone totalement avec l’ensemble de l’œuvre. Son gameplay déroutant, son côté plateforme poussé, son ambiance graphique si particulière avec son découpage entre les scènes d’actions et celle d’investigation en font un définitivement un marginal parmi les Zelda. Enormément décrié lors de sa sortie par les fans du premier jeu, il n’en demeure pas moins un bon jeu. D’une difficulté retorse (sans doute la plus élevée de toute la série), il pousse le joueur dans ses retranchements de nombreuses fois du point de vue de la dextérité, chose inhabituelle pour un Zelda. D’autant plus que du côté des énigmes vicieuses qui grouillent normalement dans les donjons il fait plutôt pâle figure.

Une anicroche plutôt qu’une fausse note en définitive. Un très bon jeu mais qui ne correspond pas du tout à l’image de marque des Zelda.

Depuis 1986, date de la sortie de Zelda au Japon, la série n’a cessé de faire rêver les joueurs de la planète et de remplir les poches de big N. Manne financière colossale, Zelda est inévitablement l’un des jeux phares de chaque console nintendo depuis le début de la firme dans ce domaine. Une petite rétrospective s’impose.



1986 : La NES a tout juste commencé à faire parler d’elle en France. Le pack vendu avec Mario et Duck Hunt est en passe de devenir le jouet star de Noël. La folie des jeux vidéo grand public vient de naître, mais elle se cantonne encore principalement chez les enfants. Dans le même temps Zelda No Densetsu sort au Japon. Le succès est fulgurant. Le jeu est si novateur qu’il va drainer un nombre considérable de joueur à travers le monde. Sega qui est alors le grand ennemi de Nintendo vient de perdre définitivement la première manche. Si mario avait placé la Master System dans la tombe, Link vient de sceller celle-ci.




1987 : les joueurs européens découvrent Zelda. Révélation divine pour nombre d’entre nous. Celle qui fera basculer beaucoup de joueurs dans le monde des « consoleux », alors qu’à l’époque le jeu se résumait souvent à Amstrad ou Spectrum. Zelda est bien trop prenant pour qu’on ose tenter lui résister. La musique est diabolique, et même si graphiquement le jeu ne casse pas trois pattes à un vase qui déborde, le seul fait de lâcher le pad devient une souffrance. Explorer encore et toujours, cramer tous les buissons des 128 écrans du jeu, faire péter chaque centimètre de roche à coup de bombe en retenant sa respiration et ses battements cardiaque dans l’espoir d’entendre la petite musique synonyme de découverte d’un secret… aaaaah, ce fameux « ta da da da ta da da » !!. Des jours et des nuits à chercher des énigmes qui nous échappaient totalement à l’époque, la joie indicible d’avoir enfin un jeu d’une interactivité phénoménale… que de souvenirs. Quelle baffe ludique…**gros soupir**




1988 : La suite tant attendue débarque enfin. Etant donné l’état désertique de la presse ludique d’alors, très peu d’informations sont parvenus jusqu’aux jeunes joueurs que nous étions. A peine sait-on que le jeu est très différent du premier opus. Zelda est un jeu grandiose, mais n’est pas encore un mythe. Et la culture du deuxième épisode de merde est déjà très présente dans la pensée collective. C’est sans doute cette dernière qui fera pencher la balance en défaveur de The Adventure of Link qui restera dans les annales comme l’épisode le plus décrié par le public. Comme précisé plus haut, je persiste à fustiger les imbéciles heureux qui lui vomissent leur mépris en pleine gueule. The adventure of Link n’est certainement pas un mauvais jeu, et il est crétin de prétendre le contraire. Seulement il n’a pas le goût ni l’odeur d’un Zelda. La meilleure preuve reste que Battle of Olympus, autre jeu sorti sur NES et ressemblant à s’y méprendre à Zelda II, est considéré comme un excellent jeu par la critique. Finalement le seul tort de The adventure of Link est d’être estampillé « Zelda ». Il faut toutefois lui reconnaître certains mérites qui auront très perceptiblement contribués à faire évoluer la série. Citons l’ajout des villes avec de nombreux dialogues, des grottes avec deux entrées pour passer d’un lieu à un autre, mais surtout de la magie avec une jauge dédiée qui permettra à Link d’étoffer sa panoplie de possibilités d’interaction avec son environnement. Son système d’évolution du héros via gain d’XP ainsi que sa vue latérale des scènes d’actions furieusement orientées plateforme seront définitivement abandonnés dans les épisodes ultérieurs (exceptés ceux en 3D mais pour lesquels c’est obligatoire). Ce que je n’ai pas aimé dans Zelda II ? La musique. Ils ont osé toucher à la musique. Et ça je ne leur pardonnerai jamais. Attention, je n’ai pas dit qu’elle était mauvaise, loin de là même. Mais la rengaine de The Legend of Zelda est sacrée, et c’est une hérésie de l’avoir écartée. C’est le point que je considère le plus responsable de l’éloignement du canard boiteux du reste de la bande.




1991 : Alors que Nintendo accuse un certain retard sur Sega et sa Megadrive sortie très tôt, la tension est à son comble chez les zeldamaniaques. Comme on s’y attendait, la suite de Zelda est enfin annoncée sur la 16 bits rondouillarde. C’est l’effervescence. Vu ce qu’il est advenu de mario, on en droit de s’attendre à un chef d’œuvre. Les espérances seront dépassées de beaucoup. Les premiers screenshots commencent à tomber. La presse est nettement plus active qu’en 1987, et le marché en train d’exploser. Les images qui parviennent jusqu’en France sont à couper le souffle. Le jeu est d’une beauté ahurissante pour l’époque. Une 2D absolument parfaite, des couleurs idylliques, des sprites merveilleux, bref : le bien réincarné !

L’attente sera longue et douloureuse. Douloureuse à plus d’un titre d’ailleurs, puisque, et c’est une première hors de Paris (à ma connaissance), le jeu sera disponible en import dès la sortie de sa version US moyennant l’adaptateur magique permettant de jouer avec ces étranges cartouches. L’addition sera monstrueusement salée, mais jamais rien n’en avait valu autant le coup à mes yeux. Près de 800 francs pour l’ensemble (120€ pour les plus jeunes). Ca fait mal au cul, mais on cicatrise dès les premières minutes de jeu. Non content d’être beau il caresse les oreilles dans le sens du poil (**Mon Dieu ! Il pleut !! C’est TROP BON !!**), et n’en oublie pas le toucher pour autant puisque les animations et la jouabilité sont exemplaires.

Zelda 3 : A Link To The Past va devenir pour une grande majorité de joueur le meilleur épisode de la saga.

Plusieurs raisons à ce succès incontestable (et incontesté, même par les Segamaniaques dont certains iront même jusqu’à trahir le hérisson bleu pour se procurer la machine ennemie juste pour pouvoir tripoter Link…. Ne niez pas, j’en connais ^^). Tout d’abord graphiquement le jeu est splendide. La 2D règne alors sans partage sur le monde du jeu, et Nintendo va prouver qu’il n’est pas nécessaire d’essayer d’être réaliste pour abasourdir les joueurs. Le côté enfantin des sprites va conquérir le cœur de tous les joueurs, et c’est logiquement que a link to the past va devenir LA référence graphique de la série.

Non content d’être beau, le jeu est superbement animé. Les mouvements de Link sont un vrai régal, la pluie tombe avec un naturel déconcertant (replacez vous dans le contexte au lieu de sourire niaisement), les coups d’épée sont un modèle du genre, bref c’est un feu d’artifice pour les prunelles. Ce qui m’avait le plus marqué à l’époque c’était la minuscule rotation de Link quand il descendait ou montait un escalier en colimaçon. Le truc totalement inutile à l’intérêt du jeu et qui de ce fait est totalement indispensable.

Musicalement je le répète le jeu innove dans la continuité. Remix habile de la musique du premier zelda en arrière plan pour la campagne standard, d’autres mélodies vont être ajoutées par le maître pour les autres environnements. Elles sont si belles que c’est à se demander si elles n’ont pas toujours existé.

Mais le véritable tour de force n’est pas là. Comme avec Mario, Nintendo ne s’est pas contenté de relooker Zelda de façon irréprochable. Attention les yeux, nous entrons dans une autre dimension.

Les améliorations apportées par cet épisodes sont innombrables, et chose révélatrice de leur qualité elles vont toutes devenir des classiques de la série. Des exemples ? Bien sûr mon bon monsieur, plein même ! Ce que vous devez à A Link To The Past : les receptacles de cœur divisés en 4 morceaux, l’apparition des flacons pour y coller potions et fées, la magie (avec jauge intégrée), le moyen de transport aérien (ici un canard, mais on s’en fout) imposé par l’agrandissement colossal de la map, les bottes pour courir plus vite, les grandes fées qui améliorent votre matos, la grosse clé qui ouvre la salle du boss, les cocottes dans les villages (nées d’un fantasme particulier de miyamoto ? Mystère, mais elles sont toujours présentes depuis…), etc etc etc…

Et le tout est intégré avec tant de naturel qu’on se demande comment on pouvait s’en passer avant.

Le résultat des courses on le connaît. Les ventes de la SNES explosent, et la zeldamania grandit de manière exponentielle. Le jeu est trop parfait pour risquer de passer à côté. De surcroît l’aventure est longue et la difficulté remarquablement bien dosée. Sans atteindre celle d’un Legend of Zelda, elle donnera du fil à retordre a beaucoup de jouer, notamment pour trouver tous les quart de cœur. Du coup les hors séries spéciaux avec solution intégrale fleurissent dans les kiosques. Ce point peut paraître aujourd’hui anodin, mais c’est le début du pourrissement du jeu selon moi. A vaincre sans souffrance, on triomphe sans jouissance (oui c’est de moi). Les acharnés du premier épisode savent ce qu’il en coûte de terminer un Zelda sans aucun autre moyen que sa jugeotte, avec parfois un petit coup de main à la récré. Avec la mise à disposition d’une solution prédigérée, Zelda devient donc du prêt à consommer, vite acheté vite fini, et qui laisse le joueur sans beaucoup de souvenir. Heureusement que le jeu touche à la perfection, ce qui rattrape un peu la mayonnaise. Mais je reste persuadé que les plus beaux souvenirs de jeux sont ceux acquis dans la frustration légitime devant une énigme incompréhensible, la colère devant un passage tellement délicat, ou encore l’humiliation ressentie quand on crève comme une merde à un coup d’épée prêt devant un boss particulièrement éloigné du point de respawn. Peut être est-ce là la véritable âme du retrogaming et ce qui nous a marqué aussi profondément dans les jeux d’antan. Mais je m’égare (aux morilles).

Zelda 3 ème du nom est un monstre sacré. L’un des meilleurs jeux de tous les temps tout simplement. Zelda était une saga fabuleuse, c’est désormais un mythe.




1993 : Nintendo est en passe de gagner une autre guerre. Celle des portables. En effet la game gear est bien trop gourmande en énergie pour espérer concurrencer la gameboy bien longtemps. De plus, Tetris est si addicitif qu’il est bien difficile de se détourner de la petite portable noir et blanc. D’autant plus qu’un Zelda est annoncé. Link’s Awakening sera son petit nom. Histoire d’un carton colossal.

Le virage pris par les développeurs est un pari risqué. Très risqué. En effet exit Hyrule, dehors la princesse Zelda. Link se réveille sur l’île cocolint après un naufrage. Dès lors son principal souci sera de repartir. Aidé d’un hibou malicieux et d’un pépé très bavard au téléphone, il affrontera comme à son habitude des ennemis standards (octoroks, moblins, poissons électriques…) et moult donjons humides. Mais point de triforce ou de méchant Ganon à tuer. Non ici il s’agira juste de réveiller le poisson-rêve pour s’enfuir de l’île, puisqu’elle n’est qu’un rêve.

On le voit donc clairement, le scénario est à des années lumières des sentiers battus habituels. Et pourtant le tout sonne juste. D’une justesse incroyable même. On s’identifie réellement à Link. Le fait qu’il se batte pour lui même et non plus pour une princesse malchanceuse facilite l’identification au héros. Qui plus est malgré les écarts du scénario, on a à faire à un Zelda tout ce qu’il y a de plus classique. Donjons retors, énigmes bien tordues, personnages attachants, musique entraînante (pour une gameboy), bref c’est une réussite totale qui va avoir plusieurs conséquences.

Premièrement la gameboy rejoint enfin la famille nintendo dans le cœur de ses détracteurs pourtant fidèles à la marque. Enfin un jeu dans la digne tradition nintendo, puisque Super Mario Land s’en écartait légèrement.

Deuxièmement, Zelda devient la première série de l’histoire a être portée sur 3 plateformes différentes avec 3 jeux originaux qui sont tous de gigantesques succès. Son assise sur le cœur des joueurs est désormais complète.

Troisièmement cet opus prouve aux développeurs qu’ils peuvent se permettrent quelques libertés avec leur bébé, du moment que le tout reste cohérent et ressemble à un Zelda.

Les spectres du passé sont donc définitivement morts.

La richesse de ce jeu sur un support aussi modeste qu’une cartouche de gameboy est proprement phénoménale. Les ennemis sont réellement attachants (les bosses sont tous hyper originaux et d’un réel interet), de même que les personnages que vous rencontrerez. La fin de l’aventure mettra au supplice des milliers de joueurs se sentant orphelins de ne plus pouvoir parcourir les plages de cocolint. Cela peut paraître exagéré, surtout qu’il ne s’agit que d’un jeu noir et blanc, mais non, le sentiment de plénitude quand on joue Link est bien là.

Le mythe est devenu magique. Intouchable. Mais le plus beau reste à venir…




1998 : Les années ont passé. Et Nintendo a fait son deuil de la place de leader du jeu vidéo console. La playstation est passé par là, le virtual boy aussi. Sony a humilié la concurrence tout entière à l’échelle planétaire. Ce qui sauve Sega ? La saturn au japon, et vraisemblablement le portage des titres arcades prisés des joueurs pur et dur. Ce qui sauve nintendo ? La gameboy et ses innombrables déclinaisons. Enfin la gameboy et Pikachu plus précisemment, le raz-de-marée Pokemon envahissant le globe plus vite qu’une épidémie de grippe aviaire. La N64 ?? Moribonde. Certes les avantages de la chose sont indéniables sur le plan technologique, mais le choix de conserver le support cartouche pour éviter l’écueil du piratage risque d’être fatal à nintendo. Beaucoup plus chères à produire que les CD, les cartouches ont également le désavantage de stocker moins de données. Aussi, même si mario 64 a fait frissonner la communauté des joueurs toute entière de part sa maîtrise de la 3D, les ventes de la console restent anecdotiques comparées à celles de la machine de Sony pourtant plus vieille de 2 ans. Une humiliation pour Nintendo. Plus que ça, un immense danger pour la suite de l’aventure.

C’était sans compter sur un petit lutin vert, vision du génial Miyamoto. Les gens en parlaient le soir au coin du feu, comme une vieille légende à laquelle on ne croit pas beaucoup, mais qui apaise les tourments du cœur. Aaaaah, le bon vieux temps d’un Zelda sur SNES. Quel jeu tout de même…. Mais la SNES est devenue une console ringarde pour joueurs à la sauvette, et l’annonce de Zelda sur le fantomatique 64DD a crucifié les derniers espoirs des nintendophiles. Et puis, et puis…. Il est écrit que Link est immortel. La vieille légende que les gens de nintendo se racontent est différente de la notre. Link reviendra encore et toujours pour sauver big N envers et contre tout. Enfin pour être plus terre à terre, ce sont 200 personnes qui vont bosser pour ça. Un travail titanesque pour ce qui va déchirer toute forme ludique existante. Loin des légendes et autres murmures populaires, nintendo va accoucher d’un jeu sans égal. Une prouesse technique doublée d’une maîtrise écoeurante du plaisir de jeu.

Zelda va sauver le cul de Nintendo en évitant le naufrage complet de la N64.

Quand les images parviennent aux journalistes ils n’en croient pas leurs yeux. Zelda a fait peau neuve. La 3D débarque et le ravalement de façade d’Hyrule peut commencer. Le résultat est saisissant. Rarement un jeu aura été si beau. Il est difficile de décrire Ocarina of Time tant il est parfait. Graphiquement, musicalement, scénaristiquement, il n’y a absolument rien à lui reprocher. D’une difficulté enfin digne du premier épisode, il ne pourra pas non plus être attaqué sur ce plan. Contrairement à Link’s awakening, nous sommes ici de retour dans le beau royaume d’Hyrule. Et pour le coup le nom de royaume n’est pas usurpé. La taille des lieux est très impressionnante, et vous vous sentirez vraiment perdu au milieu des immensités de sable ou de prairie. Autre nouveauté et première pour un jeu vidéo en 3D : le jeu gère automatiquement l’alternance des cycles diurnes et nocturnes. Une vraie révolution à l’époque. Plus qu’un simple gadget au service d’une vitrine technologique déjà bien fournie, l’alternance jour/nuit aura également son importance sur la façon de jouer. Les monstres seront plus nombreux et plus résistants la nuit, et certains évènements se produiront exclusivement pendant l’une ou l’autre des périodes. Et puis quel régal d’admirer les paysages sous des angles différents selon la période du jour. Je vous jure que bien souvent vous accueillerez l’arrivée du matin avec un vrai soupir de soulagement tant la nuit peut se montrer oppressante. Quoi qu’il en soit, le lever de soleil sur le lac Hylia est un spectacle d’une beauté rarement égalée dans un jeu vidéo.

Niveau maniabilité c’est une pure pépite. La manette de la N64 tant décriée est si adaptée au jeu que je soupçonne nintendo de l’avoir construite en prévision de Ocarina of Time uniquement. Link répond au doigt et à l’œil, et les angles de caméra sont rarement pénibles.

Mais bien au delà du jeu lui-même, c’est surtout la renaissance du mythe qui est frappante. Vous décrire la fébrilité des joueurs à l’approche de la sortie du jeu est ardu. Il faut dire que Nintendo a clairement mis le paquet. Des tonnes de screenshots sont disponibles, les officiels multiplient les interviews en plaçant ça et là quelques infos sur les nouvelles capacités de Link, et surtout Zelda fait enfin son apparition au cinéma. Un pub monumentale à l’ambiance très hollywoodienne avec voix off bien burnée, textes et passages de jeux alternés, musique qui transporte le cœur, bref tout y est. La salle entière était scotchée la première fois que je l’ai vue. Pas de cri de joie, mais un bref murmure de crainte respectueuse devant l’évidence : Nintendo a vraiment produit quelque chose de terrifiant.

Et la publicité agressive ça paie ! L’ensemble des joueurs du globe est en effervescence. De mémoire c’est même la première fois que je suis allé acheter un jeu en prévente. Je ne sais même pas si ça se faisait avant. Quoi qu’il en soit, le jour J j’ai laissé tomber la fac en plein cours pour accourir à l’appel du vendeur qui m’avait appelé sur mon portable (un mec que j’aime à vie soit dit en passant). Un vrai môme devant le sapin de Noël. La terre pouvait s’arrêter de tourner, ça m’était bien égal. D’ailleurs le temps avait stoppé sa course pour mieux contempler le trésor que je tenais entre mes mains. Je souhaite sincèrement à tout joueur de connaître un jour ce sentiment. Une fébrilité délirante, les jambes en coton, 250 pulsations à la minute, le souffle court, les mains moites… et tout ça rien qu’en ouvrant la boîte.

Pousser le bouton sur on, et basculer dans l’ailleurs. Si Ocarina est encore considéré aujourd’hui par de nombreux observateurs comme le meilleur jeu de tous les temps, ce n’est pas par hasard. Même les Zelda plus récents ne peuvent l’égaler en terme d’immersion, qu’on aime ou pas la 3D.



Depuis OoT le temps a encore une fois poursuivit sa route. Et les Zelda ont continué la leur. Deux épisodes de plus sur gameboy color, un sur N64, un sur Gamecube et un sur GBA. La famille s’agrandit, et tous sans exception sont des productions d’une grande qualité, chacun avec son lot de nouveauté et sa cargaison de clin d’œil aux glorieux ancêtres. Dernièrement l’ajout du cell-shading a redonné une certaine fraîcheur à Link et nous a replongé en enfance. Que nous réserve l’avenir ?

Crainte et espoir. Crainte de voir un jour la source se tarir. Aboutissement inévitable de toute chose en ce monde, Zelda finira bien par mourir. Lassitude des joueurs, des développeurs, nouveaux médias ludiques, fin du monde,… les scenarii ne manquent pas. Espoir, car pour l’instant Zelda reste une entité respectée (et respectable) qui accapare l’attention de bien trop de monde pour que la fin soit proche. D’ailleurs, le deuxième épisode sur gamecube est annoncé. Un épisode aux fortes senteurs d’Ocarina of Time paraît-il…

Mais quel que soit ce que l’avenir nous réserve, personnellement ou ludiquement parlant, qu’il soit écrit ici en lettres éternelles le profond remerciement d’un gamin qui n’a pas grandi dans sa tête ; Merci monsieur Miyamoto, monsieur Kondo, et tous ceux qui de près ou de loin ont participé à l’avènement de ce mythe. Soyez bénis sur les générations à venir. Quoi qu’aient fait le marketing et les commerciaux de votre produit, quel que soit la façon dont le système se le soit approprié, rien ni personne ne pourra jamais altérer le fait que par votre travail vous avez donné du rêve, du plaisir et de la joie à des millions de gens petits ou grands, tous égaux devant votre génie créatif. C’est là, ma foi, une chose dont bien peu d’hommes sur cette terre peuvent se vanter. Et dont vous pouvez être fiers à tout jamais. Du fond du cœur d’un humble français, en retour de vos cinq lettres qui brillent au panthéon de l’humanité, recevez-en cinq autres : merci.