Adopte une NEC.
Toki
Ocean - 1991
Sympathy for the Devil par Petemul

Extras : Musique - Manuel TXT - Manuel PDF
Je suis un bon catholique de centre-gauche. Je paye mes impts, je donne rgulirement une picette au Roumain du bout de la rue qui poireaute ct du distribanque, je ne traverse pas au rouge lorsqu'il y a des enfants ct de moi, et j'coute France Musique tous les dimanches. Jusqu'ici tout va bien. Ma vie quilibre et mes cinq lgumes quotidiens me mettent l'abri des turpitudes et des menaces de l'existence. Mens sana in corpore sano.



Et pourtant, le dmon m'habite. Il est l, cach, au fond de mon coeur et de mon me. Traumatisme est son prnom, "fantme du pass" son sobriquet. Il arrive encore que je me rveille, en sueur, les nuits de lune rousse, appelant au milieu de mes cris la rdemption qui ne viendra jamais, maintenant, j'en suis persuad. J'ai pourtant longtemps invoqu la grce du Seigneur, j'ai pri, j'ai investi dans le meilleur sel Gurandais, mais rien ne m'apportera le repos. Maudit, je suis mauuudit !



Qui comprendra ma douleur, mon fardeau ? Vous peut-tre. Car mon mal ne vous est srement pas inconnu. La figure grimaante qui pose sur moi ses yeux dments toutes ces nuits n'est pas celle de n'importe quelle engeance anonyme. Cette face simiesque, ces longs poils malodorants, ces joues de trompettiste de jazz ont un nom. Il claque comme un coup de fouet de mes testicules sur vos gueules, deux syllabes qui renvoient Azazel, Belzbuth, Nyarlatothep et Cthulhu au rang de tricoteuses du dimanche. Toki, c'est lui ! a scell mon destin pour l'ternit.



Oui, ce nom vous dit quelque chose. Que vous soyez de ce monde ou d'un autre, vous avez dj crois la route de ce singe hideux, sur quelle que machine que ce soit. Pour ma part ce fut sur une borne d'arcade. Oh, douloureux plongeon dans ma mmoire... c'tait la fte foraine de Nantes. Les yeux brillants de mille tincelles, j'avanais au milieu des pixels, inconscient que cette vire interdite au jardin d'Eden se payerait au prix fort. Je ne voyais que les bornes fabuleuses, tentatrices, indcentes : Astrix, Tortues Ninja, G-Loc...



Et mon regard a crois le sien.



Une tte d'une grotesque taille surmontait un corps malhabile, en sautillant dans des dcors colors, plateformes et monstres la pelle. Ses yeux bleus sentaient le souffre, et de sa gueule infernale s'chappaient des boules de feu, du feu de l'Enfer. Toki. Mon Dieu... Mon premier traumatisme en pixels. Jeune enfant pur, je fus immdiatement saisi d'horreur, fascin, hypnotis ; mon esprit tait corrompu jamais. La laideur, l'effroi que m'inspirait ce personnage n'avait alors jamais connu d'gal. Je m'enfuis en courant, d'un rire dment, tentant de me crever les yeux avec un pic barbapapa. En vain.



Ds lors, chaque fois que je m'approchais d'une salle de jeu, mon pouls s'acclrait insensiblement. Et si jamais IL tait l ? Dans un recoin sombre ? Dans le reflet d'un miroir ? A m'pier, attendre la moindre seconde d'inattention pour me rejeter son regard de mrou ? Et pourtant, j'y allais, dans ces salles, conscient du danger, incapable de lui rsister. , odieux charme des sirnes chiptunes ! Eli, eli, lema sabachtani ?!!



D'autant qu'il a la beaut du Diable, le bougre. Oh certes, ce n'est pas du Jrme Bosch, mais quand mme. Il y a quelque chose. On est loin des graphismes somptueux de titres plus abordables moralement, mais a flatte nos bas intincts suffisamment pour qu'on s'y laisse prendre. Et s'il n'y avait que nos yeux tre corrompus, encore... Or ledit bougre a d'autres armes, et ce sont nos oreilles qui vont prendre ! La Musique Satanique ! L'Orgue du Diable, l encore ! La Fte de l'Enfer Clisson ! L'Amiga semble habit par une divinit sadique qui nous vrille la tte de chiptunes puissants, stro et basses tous les tages, rythmes obsdants, mlodies venant du fin fond de la lgende. Le tout pour une ambiance finalement trs "Giotto meets Camille Saint-Saens". Les initis comprendront, les incultes feront un petit effort, bon sang de bois.



Rien que d'y repenser, ces mlodies reviennent m'habiter contre ma volont. Sorcellerie ! Malleus maleficarum ! Vais-je devoir appeler un exorciste, me boucher les oreilles avec du saindoux, couter du Julie Pietri fond, tel un contre-feu dsespr ? Non, il faudrait tre mad, ou trs con, (les deux mme) pour esprer berner le Malin avec un truc aussi grossier. Dois-je alors consumer ma douleur ? Oui, terminer, finir ce jeu peut-tre... en voir le bout, le battre... et si tout ceci n'tait finalement qu'une invitation, un dfi que l'Eternel me lance, pour me punir de mon arrogance sans doute ?



Hlas, nul ne peut affronter les Dieux... vain effort... fol espoir... Toki a la difficult la hauteur de sa lgende... Pourtant je ne peux rien reprocher ce singe de l'apocalypse, ce jeu d'outre-temps. Sur les six niveaux impeccables de ce jeu de plate-forme, fidle au dogme comme un chien andalou au cul d'une veuve odorante, rien ne sera laiss au hasard. Pour aller arracher la dulcine du quadrumane dans les griffes du gros mchant qui pue, tout est parfaitement conu, depuis les upgrades de tir jusqu'au casque de football MAUUUUDIT. La maniabilit ne souffre d'aucun dfaut, mme si devoir utiliser l'unique bouton pour tirer et mettre la manette sur "haut" pour sauter demandera un peu d'adaptation au joueur moderne. Non, je suis seul responsable de mes crimes, de mes pchs... Et de la sentence. Le level-design, sadique et millimtr, aura raison de ma raison, sera la fin de ma fin. Megaman peut aller se rhabiller, Rick Dangerous claquer des fesses, et mon me faire une croix sur Saint-Pierre.



Ceci n'est que sainte justice ; le Destin,
Est railleur, et j'approuve au seuil de mon tombeau,
Toki avait du gnie, l'Amiga tait beau.
Le point de vue de César Ramos :
Commun et abordable.