Amigalement vtre.
Paperboy
Elite - 1987
Plus de papier... par Clence_tum

Extras : Musique - Manuel TXT - Manuel PDF
Sil y a bien une chose qui a manqu dans mon existence par ailleurs bien remplie, cest dtre amricain. Quand, par certains dimanches pluvieux de novembre, je repense mes nombreuses aventures, je ralise que je ne serais jamais capitaine de lquipe de football et que je nemmenerais jamais une cheerleader au bal de promotion, la tristesse menvahit, et je me surprend lever un poing rageur vers le ciel charg et crier Eli, Eli, lamma sabachtani ? . A moins que ce ne soit Encul ! , je ne sais plus trop.



Bref. Si jai crit cette intro dun coefficient vaseux de 8.5 sur lchelle de Dechavanne, cest pour souligner que le mythe amricain vit en chacun de nous, et quon a tous rv den tre, inutile de se cacher, oui mme toi l-bas avec les cheveux sales qui achte du Breizh Cola. Or, le livreur de journaux vlo, ou paperboy dans la langue de dErnest Hemingway et de Paris Hilton, tient une place non ngligeable dans cette Amrique fantasme que nous nous sommes tous construits base de sries tl et de films gros budgets. En effet, quelle comdie familiale ricaine ne compte pas parmi ces premires scnes un de ses morveux insupportables faisant sa tourne sur son vlo dans une banlieue trop tranquille par un samedi matin ensoleill ? Cela permet dailleurs de situer tout de suite le film : si le journal tombe sous larrosage automatique et que cest le pre qui est oblig daller le chercher et par l mme de se ridiculiser (ce qui permet du mme coup de situer psychologiquement le personnage classique du pre la ramasse mais nanmoins sympathique, du genre de celui qui va appeler son chien dun nom de compositeur allemand pour faire plaisir sa petite dernire), on a affaire un film conformiste. En revanche, si le journal pte un carreau (en Amrique les voitures font douze mtres, les steaks font trois kilos, et les feuilles de journaux sont en plomb), provoquant lire du vieux retrait clibataire raciste sans enfants qui habite derrire le dit carreau, on comprend de suite que ce dernier est le principal antagoniste du film (et quil est probablement raciste), et quil sagit dune uvre thse, truc chiant genre Wes Anderson.



Or, Paperboy, le jeu, reprend ses bases presque millnaires dans un concept aussi stupide quaccrocheur. On dirige un gamin sur son vlo (appelons-le Jimmy) qui pdale le long dune rue en ligne droite en lancant les journaux dans les boites aux lettres des abonns, le tout en 3D isomtrique. Concept simple, disais-je, dont la version arcade a eu tellement de succs que le jeu sest vu dcliner sur nombre de consoles et dordinateurs, dont lAmstrad si cher aux foyers mitterrandiens.



Jimmy est donc le hros. On peut bien sr limaginer avec de vilaines taches de rousseur, une casquette de base-ball lenvers, un jean moule-burnes ourlets, et des converse. Ou pas, mais a aide pour le ressort comique de ce test. On peut aussi supposer quil a une voix suraige et insupportable, comme tous les morveux entre 10 et 14 ans dans les films mal doubls. Mais surtout Jimmy a un vlo, instrument de travail qui lui est indispensable, sans lequel il serait aussi utile quun pre nol sans son carnet souches. Notons dailleurs quil ne sagit pas du vlo du tout-venant, mais du modle de compet quon aurait jamais trouv dans un Decathlon lpoque, le genre avec un petit panier sur le devant, un drapeau larrire et les choses qui pendouillent sur les poignes du guidon ; cest bien connu, les amricains ne manquent jamais une occasion de nous signifier notre incomptence crasse nous autres franais, que ce soit propos des allemands, du canal de Suez ou des vlos taille 12 ans.



Jimmy pointe au charbon tous les matins de la semaine, dimanche inclus (ces protestants ne respectent rien), pdalant avec entrain sur sa fire monture pour que le bon peuple puissse lire USA Today sans avoir enlever ses pantoufles. Le but du jeu est de parvenir la fin de la semaine en distribuant les journaux aux abonns, sans mourir sous les roues dun SUV Chevrolet ni se faire virer pour cause dinefficacit notoire. Ainsi, si Jimmy sobstine balancer le canard de monsieur Fitz dans ses bgonias de concours, ce dernier, en bon retrait des U.S. Marines et amateur de services en porcelaine du troisime Reich quil est, sempressera de tlphoner la direction du journal pour le faire virer sance tenante. Cest aussi a, la beaut amricaine.



On contrle le vlo de Jimmy avec les quatres touches basiques, plus une autre pour lancer les feuilles de chou. Dans dautres versions de Paperboy, on avait un nombre limit de journaux, ce qui est le cas ici aussi, sauf quon peut en ramasser dautres un peu partout dans la rue, ce nest donc pas proprement parler un problme. Bref, lancer les journaux ne reprsente pas un challenge insurmontable, sauf si pour vous les expressions 3D isomtrique et contrle fin et prcis ne se retrouvent jamais dans la mme phrase. Amis qui mouillez la goulotte ds quun inconnu se met vous encanailler propos de H.A.T.E. ou de Viewpoint au hasard dune bousculade prs du bol de sangria dans une soire mondaine, passez votre chemin.



Pour les autres, la difficult viendra surtout des obstacles que le jeu ne manquera pas de mettre en travers de votre roue avant. On retrouve dans cette dition Amstrad les grands classiques de la srie, tels que la tondeuse gazon maniaque, les voitures tlcommandes, les gosses au volant de leurs caisses savon qui vous attendent en embuscade derrire une clture pour se jeter dans vos roues, avant de vous traner dans un terrain vague pour vous bastonner coups de tuyaux rouills ; et enfin, mes prfrs : les pneus. Les pneus qui roulent peinards lair de rien le long du trottoir, comme devrait le faire tout bon pneu qui se respecte, en tout cas dans nos dmocraties occidentales ; jai lu quelque part dans Courrier International que les pneus cubains, eux, se situaient gnralement autour dune jante et sous une voiture, mais on ne saurait prter foi ces on-dit. Bref dans Paperboy les pneus sont livrs eux-mmes, mais non contents de rouler comme des damns, ils prennent des tournants 90 juste quand vous arrivez. Oui. On peut raconter ce quon veut propos des abeilles et des fourmis, mais je peux vous dire que quand lHomme se sera justement vitrifi la gueule dans une ultime guerre strile, ce seront les pneus qui prendront le pouvoir. Et ce ne seront certainement pas des Michelin.



Voila. Si jamais vous ne survivez pas ces suppts du Malin ou si vous plantez vos livraisons, ce qui est plus que probable lors de vos premires parties, le Game Over sabattera inluctablement sur vous, tel le couperet de la justice populaire sur une nuque autrichienne par un matin de 1793. Nous naurons malheureusement pas le droit dans cette version lcran mythique de Jimmy affal le cul dans le caniveau, un carton sur la tronche ( moins que ce ne soit une boite aux lettres ?), image qui donne non seulement une reprsentation parfaite de la dfaite, mais galement une bonne ide de ltat desprit dun homme qui se rveille poil sur un terre-plein entre une ligne de rer et un changeur dans une banlieue incertaine, suite une soire un peu trop arrose.



Techniquement, la machine prfre de Laurent Fafa sen tire plutt bien. Cest color, cest frais, cest green, les gros pixels si caractristiques de lAmstrad nous rappellent les Lego de notre enfance. On ne peut pas en dire autant de la bande-son. Il ny en a pas. Rien. Cousteau. Au moins on vitera la classique musique avec une unique boucle de quinze secondes qui rappelle cette accordonniste dent et roumain qui vous collait aux basques tous les matins dans le mtro, jusqu cette nuit tragique o il mourut sous un pont anonyme, battu mort avec un serre-joint par un collgue suite une dispure autour dune demi-boite thon vente. Goran, nous ne toublierons jamais.



Finalement, cette adaptation de Paperboy souffre un peu de la comparaison avec les autres plus connues, telle la furieuse version Gameboy Mais ce jeu reste un mythe indboulonnable quel que soit le support, il est ranger au mme niveau que Tetris ou Space Invaders sur ltagre poussireuse du patrimoine mondial de lUnesco. Malheureusement il a eu moins dinfluence que ceux-l, et aujourdhui finalement peu dentre nous y ont jou plus quune heure ou deux par curiosit Paperboy est un peu comme la chaudasse du lyce quon se remmorre avec une pointe de nostalgie, on ny a jamais mis plus dune main mais on est fier de dire quon en tait.

Le point de vue de César Ramos :
Comme d'habitude avec l'Amstrad, introuvable une fois sorti de la copie.