" " - Le mime Marceau
World Cup
Technos Japan - 1990
La sioul ça défoule ! par MrBlueSky

Extras : Musique - Manuel TXT - Manuel PDF
Devant luvre dun maître, je ne connaissais jusquen 2015 que deux attitudes possibles : lencensement ou la critique. Ces attitudes étant elles même bien évidemment déclinables en une palette de variations qui vont de ladoration à la haine en passant par le fanatisme, lamour, ladmiration, lignorance, le dédain, la détestation et autres émotions comme seul lart peut en procurer. Un jeune Taïwanais ma rappelé quil existait une troisième possibilité : la chute. Devant la nature morte Flower de lartiste Italien Paolo Porpora (1617 1673) le jeune homme, certainement distrait par la forme étrange de lentrejambe de la guide du musé de Taipei (cliché facile quand tu nous tiens), trébuche, se prend les pieds dans le cordon de sécurité et sappuie sur la malheureuse toile quil perce
Au moins, naura-t-il pas renversé son soda (un soda dans un musé mais où va le monde ?) sur la malheureuse uvre Renaissance estimée à 1,5 million deuros avant laccident.
Derrière cette anecdote introductive et muséale (si, si) se cache, cher lecteur, une humble demande. Celle de pardonner ma chute si daventure mon papier narrivait pas à faire honneur à lune des plus belles uvres de la NES : World Cup.


Flash-back Berlin, Novembre 2007... Temps froid et gris (cliché facile quand tu nous tiens) un étudiant sur son lit, un dimanche après-midi.
Erasmus dans la capitale allemande jy découvre les joies des soirées dans des boîtes de nuits aux baffles agitées de spasmes délectro minimalistes et les comptoirs de bars où lon enchaîne les shots de Jägermeister à lendroit même où dautres senfilent des rides de poudres blanches avant de disparaître dans les toilettes senfiler autre chose. « Kreuzberger Nächte sind lang » disait le poète. Les nuits sont longues (ou courtes je ne sais plus), les gueules de bois aussi.
Pour occuper ce qui ressemble à un jour entre deux nuits, je traîne sur Vivastreet à la recherche de la seule drogue douce que je connaisse. Au milieu dannonces miteuses pour des rencontres glauques dans les quartiers déshérités de la capitale réunifiée, je trouve, sur cet ersatz allemand du BonCoin, une NES, ses manettes et ses quatre jeux. World Cup est lun deux, il occupera bien plus que mes dimanches après-midi.




Développé par Technos, World Cup fait partie de la série Nekketsu Kōha Kunio-kun généralement abrégée Kunio (du nom de son héros principal) et mettant en scène une bande de lycéens bagarreurs dans diverses activités. Beat them all, balle aux prisonniers, basketball, hockey sur glace Kunio et sa bande investiront tout un tas de terrains et de consoles de jeux durant les glorieuses années 90 et deviendront rapidement synonyme de violence fun et gratuite dans un environnement coloré et SD (super deformed). World Cup est lépisode de la série dédié au football.
Un football largement remanié. Violent, rapide, généreux en buts et en tacles assassins. Une sorte de mix improbable entre le Beach soccer (5 joueurs par équipes), le rugby à 7 (contacts virils) et le foot volley (si, si). Bref, une surenchère sportive digne dun commentateur sur RMC voulant absolument faire croire quil se passe quelque chose au Stade de la Source (Orléans, 8 000 places) un vendredi soir de Dominos Ligue 2
Et le pire cest que ça fonctionne. Tout comme un Guingamp Lorient sur Radio Bonheur (« parles-en à ta sur ») peut devenir le match le plus passionnant de la saison (surtout si le lecteur CD de votre autoradio est définitivement HS un soir de retour dun week-end dans les Côtes dArmor), World Cup devient par sa maniabilité hors pair et sa mécanique de jeu, la simulation de foot à laquelle même ceux qui détestent ce magnifique sport succombent volontiers.



Flash-back Düsseldorf, Mai 2000 Temps froid et gris (cliché facile quand tu nous tiens) trois petits garçons devant un écran de télévision.
Revenant tout juste dune brocante, mes frères et moi nous empressons dessayer ce jeu de foot qui aura été finalement le principal argument pour l'achat dune cartouche comprenant en outre Mario et Tetris. A l'époque on trouvait des jeux NES à 5 Mark (soit 2,50) et les Belges s'entendaient suffisamment bien pour prévoir dorganiser avec les Néerlandais un tournois de foot qui verrait la France championne d'Europe... Tout change...
Tournament Mode ou VS Match Mode, lécran titre nous accueil de sa musique entraînante et annonce même la possibilité de jouer jusqu'à 4. Le jeu part sur dexcellentes bases. Vient ensuite l'écran du choix des équipes qui sont au nombre de 13 en mode tournois, 5 en Versus, et ont toutes leurs caractéristiques propres (notamment le fameux « super shoot » unique à chacune). A noter qu'en 1990 pour Technos, l'URSS est déjà la Russie mais que son drapeau n'est pas encore blanc bleu rouge...
Vous pouvez ensuite modifier la composition de votre équipe avant de choisir différentes stratégies de jeux. Hop hop hop ! Je sens que j'en perds quelques-uns. Ne craignez rien, nous sommes sur un jeu résolument arcade. Ne vous attendez donc pas à devoir élaborer des tactiques tarabiscotées à la manière d'un Cosmic Roger préparant sa prochaine partie de Football manager. Non, vos choix stratégiques sont au nombre de 9 (avouez que l'on fait plus fourni) et déterminent surtout la manière dont joueront vos coéquipiers. Nous abordons là l'un des points qui fait l'originalité de World Cup puisque tout au long de la partie vous ne contrôlez qu'un joueur. Les autres se déplacent comme ils le souhaitent en obéissant néanmoins à la stratégie arrêtée avant le match et aux ordres que vous leur donnez sur le terrain.



Capitaine de votre équipe, leader charismatique de vos troupes, guide suprême de vos ouailles, vous pouvez à tout moment demander à vos hommes de tacler, passer, tirer, frapper... et ceux-ci s'exécuteront sans broncher. De parfaits petits fonctionnaires qui, j'en suis certain, auraient eu leur petit succès en 1945 du côté de Nuremberg (et vous vous demandez encore pourquoi l'Allemagne est la meilleure équipe du jeu? Cliché facile...). Une petite fenêtre de dialogue en bas de l'écran vous indique, si besoin est, lequel de vos joueurs est le moins obéissant. Bien évidemment l'ensemble des actions vous est aussi permis et l'absence d'arbitre vous aidera grandement à défoncer vos adversaires à coup de tacles très virils (au point de laisser quelques hommes à terre) et à enchaîner les « super shoot ».
C'est là l'autre originalité du soft. Chaque nation a son propre tir spectaculaire et pratiquement imparable envoyé après un retourné acrobatique (A + B) une tête plongeante (direction + A + B) ou un certain nombre de pas effectués balle aux pieds (le nombre variant selon l'équipe). Que ce soit le ballon qui part vers l'arrière avant de filer vers le but adverse ou celui qui se déforme, voire se dédouble façon Olive et Tom, chaque « super shoot » (limité à 5 par mi-temps) vous sera utile pour venir à bout des 12 équipes adverses qui vous barrent la route jusqu'au titre mondial.



Flashback... Karlsruhe, 1994 ou 1995 Temps froid et
« _Dites donc George Abitbol de mes deux, on n'est pas dans La Classe Américaine là alors arrêtez un peu vos Flashback ! Ça en devient aussi lourd.
_Euh... oui, certes, excusez mois mais je... Je souhaitais évoquer ces madeleines de Proust que sont pour moi les terrain « glace » et « sable » du mode multijoueur Comment en 2000, mes frères et moi nous sommes souvenus avoir déjà joué à ce jeu 5 ans plus tôt, lors dun weekend chez des amis allemands, alors que nous ne savions même pas ce quétait une console de jeu
_Mais on s'en foot mon vieux (si, si, elle est nulle, elle est là et vous l'avez), parlez-nous du multijoueur si vous voulez mais arrêtez de nous emmerder avec vos souvenirs.
_Bon et bien du coup Flashback, pardon... Frashforward... Mince je ne sais plus»



Flashback Paris, Décembre 2008, Soirée du 29, deux pauvres membres de [Nes Pas ?] se prennent la pétée du siècle dans un décor de film pour adultes.
Entre un billard en peau de pute et un jacuzzi, trône fièrement une petite télé, une NES et son adaptateur 4 joueurs. Il est temps de montrer à la face du monde ce quune année dentraînement intensif à World Cup peut produire quand on décide dy consacrer plus de temps quà ses révisions de « Méthodes quantitatives dans la recherche sur les conflits armés ».
60 1. Je ne me souviens plus qui étaient nos adversaires, je me souviens simplement du maillot sochalien de mon co-équipier et du terrain vague qui servait darène. Nous aurions pu choisir le gazon, la terre battue, le sable, le béton ou la glace, tous ayant leurs propres propriétés en termes de tenue de balle, mais nous avions privilégié le terrain plein de cailloux qui déséquilibrent les joueurs mais garantissent un nombre important de fous rires.
60 1. La subtilité quand on joue à deux par équipes à World Cup tient au fait quil ne peut y avoir quun seul capitaine. Le joueur 2 se retrouve donc relégué au rang délectron libre et il vaut mieux avoir bien choisi sa composition déquipe pour que celui-ci contrôle un joueur puissant et rapide. Les « super shoot » étant limités à 5 par mi-temps, seule une connaissance parfaite des mouvements des défenses adverse vous permettra denfiler les buts (les boules, les billes, les perles ?) aussi facilement que vous enfiler votre caleçon le matin (ou votre culotte, chacun fait ce qu'il veut)



Vous laurez compris, derrière ses graphismes mignons et sa prise en main instantanée se cache plus quun bon jeu de NES. Cest un vrai bijou de multijoueur et un jeu suffisamment profond avec tout un tas de petit secrets (les « super shoot » de léquipe USA, lArgentine immunisée sur terrain vague) pour occuper le joueur seul.
World Cup est certainement le seul jeu que jai poncé dans tous les sens au point de finir champion du monde avec le Cameroun sur tous les terrains possibles (il faut dire que le système de mots passes permettant de reprendre le tournois juste avant la finale facilite grandement lopération). La musique, excellente de bout en bout a longtemps été ma sonnerie de portable. Entraînant dans mon obsession pour ce jeu un camarade Erasmus, il nous arrivait même de jouer à deux sur un clavier de pc portable lors de certaines soirées révisions en bibliothèque
World Cup a accompagné toutes ma vie de gamer et continuera longtemps à user mes pouces. Et le plus jouissif dans tout cela cest que je suis loin dêtre le seul. Jai 4 manettes qui vous attendent, un immense sceau de verre pillé et jvous prends tous les uns après les autres ! Préparez-vous à enfiler des

Le point de vue de César Ramos :
Commun, à trois fois rien. Ne vous en privez pas