Le site qui sait que tant qu'il y a de la braise c'est pas fini...
Prince of Persia
Arsys Software - 1992
Le jeu qui n'est pas fait pour les enuques par Petemul

Extras : Musique - Manuel TXT - Manuel PDF
Pouf, un mythe. Un de plus. Et un si norme qu'on se demande comment personne ne l'a encore critiqu sur ce site. C'est d'ailleurs ce qui m'est arriv hier soir, en me couchant : "tiens, mais comment se fait-il que personne ne l'ait encore critiqu sur [Nes Pas ?] " ? Je me rpte mais c'est pour bien fixer l'ide dans les esprits. J'aime que mon message soit sans ambiguit.



Parce que dans la catgorie "mythe", Prince of Persia se pose un peu l tout de mme. Permettez-moi de vous prendre par la main (c'est une image, jeune sot) pour faire avec vous un petit saut dans le temps.



L'poque o je vous emmne est un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connatre. Une poque bnie. Une poque o TOUT est n. Mon cher Kvin, apprends que Castlevania, Final Fantasy, et autres Prince of Persia qui te donnent la gaule aujourd'hui sont apparus en pixels et en chiptunes dans ces annes-l, les annes 80. Et en ces temps reculs, un homme et un seul suffisait pour faire un jeu. D'ailleurs on ne "faisait" pas, on "crait". Oui, ce stade on parle de cration, on parle d'art. Et on se dcouvre devant ces Monsieurs, Eric Chahi, Alexei Pazithnov, ou Jordan Mechner, j'en passe.



Ca peut paratre fou. Ca paratra d'autant plus fou quand je vous dirai qu'il aura fallu prs de 4 ans au dernier sus-cit pour mettre au point, sur son Apple II, un jeu rvolutionnaire. On en tait encore la toute puissance de la plate-forme bondissante : Super Mario emportait tout sur son passage, les jeux mettaient en scne des personnages sur ressort la dtente sche de sauterelles. Mme Simon Belmont, le golem des Carpathes, saute son 1 mtre 80 l'aise avec son armure en acier de 75 kgs sur le dos. Avec quelques frames grotesques pour faire illusion. Et au fond tout le monde est content, on est l pour jouer, merde.



Et l, Jordan Mechner, MONSIEUR Mechner mme, dcide que non, lui il va faire autre chose. Un jeu en pixels, mais aux mouvements ralistes. Le bougre - qui n'en est pas son premier jeu - emprunte donc une camra, filme un homme rel en train de faire ses exercices, essaie de numriser tout a, et en tire un personnage de jeu anim comme jamais.



Imaginez donc. A l'poque, les processeurs ont une puissance qui se compte en quelques Mgahertz, les mmoires en kilo-octets. Eh ben Mechner va s'asseoir copieusement sur toutes ces considrations pour offrir le hros de jeu vido le mieux anim de l'histoire, qui fait mme un pied de nez un brin arrogant (mais il a raison le brave garon) certains jeux 3D d'aujourd'hui.



Notre Prince - puisque c'est de lui qu'il s'agit - marche, court, saute, s'accroupit, manie l'pe, avec un ralisme bluffant. Bon videmment, il ne connat pas la fatigue, mais un jeu qui s'arrterait au bout de 10 minutes parce que le hros est en hypoglycmie, a ne serait pas super vendeur. Outre ce dtail, c'est parfait. L'diteur applaudit et la communaut de joueurs aussi : le jeu va tre un carton, port sur quasi toutes les plate-formes. Performance notable quand on sait que point d'internet, point de mdiatisation outrance, non, en ces temps reculs, c'est presse spcialise, magasins obscurs et copie sauvage sur l'ordi des collgues de papa. Ah oui tout de mme.



Ceci dit, un personnage bien anim c'est bien joli, mais a ne fait pas un jeu. Au mieux c'est une dmo technique. C'est ce stade que le gnie de l'auteur se fait vraiment sentir. Et l je dis "Bonjour Jordan". A genoux. Notre prince est le hros d'un bon drame l'ancienne, ambiance "Le Voleur de Bagdad", mchant Vizir, princesse plore et tout. Il va falloir s'chapper des geles du grand mchant et sauver sa promise sur l'heure. Oui, le jeu est chronomtr, chose qui a son importance quand on sait que les niveaux sont longs et bards de piges mortels qui vous feront recommencer du dbut tandis que le chrono tourne toujours... et il va donc falloir vous farcir tout a en vitant les trous, les pics, les lames de rasoir, et vous battre contre quelques rares gardes en jouant de l'pe - attaque et parade, rien de moins ! - avec un stress qui vous collera la peau comme l'odeur de tabac froid aprs une soire entre "jeunes".



Le gameplay et l'ambiance sont impeccables. Le carton, comme je l'ai dit, est mondial. Alors forcment, chez Nintendo on va faire les choses en grand : le jeu sortira sur la reine Super Nintendo. Pour cela, c'est Arsys Softwares (illustres inconnus plein de talent), avec Konami la distribution, qui s'y colleront. Eh ben les illustres inconnus d'Arsys mriteraient une statue.



Plutt que de btement porter le jeu original en faisant un copi-coll du gameplay et des niveaux (tiens, parlons de GTA IV voulez-vous ?), avec juste un lifting graphique, ils vont carrment le refaire. Une version tendue, plus grande, plus forte, plus puissante, plus tout ce que vous voulez. la Super Nintendo aura donc SA version exclusive : 20 niveaux, 120 minutes, des musiques de folie, des graphismes parfaits, et une ambiance au top.



Prince of Persia va vous coller un bon challenge oldie comme on n'en fait plus. Les niveaux sont tortueux et les piges sont partout. Et tout est fait pour que vous vautriez comme une merde sur ces pics dont pourtant vous auriez d voir les trous annonciateurs dans le plancher... Rick Dangerous est un "die and retry" apprendre par coeur. Megaman est un jeu vicelard mlant dextrit et savant calcul du timing. Prince of Persia se rapproche un peu de ce dernier : un jeu de plate-forme o la prudence est reine.



Le compteur tourne, le temps est contre vous, les niveaux sont labyrinthiques, avec des nigmes base d'interrupteurs et tout, et vous devez avancer prudemment ! C'est l que rside toute la torture mentale de ce jeu. Explorer sans se presser. Sans quoi, sanction : vous devrez vous retaper tout le niveau depuis le dbut. Ca fait rflchir... vous donc de penser avancer pas de loups pour ne pas dclencher ce gros pige qui pend du plafond. Et en mme temps, enchaner des sauts la chane pile sur la bonne dalle dans le bon tempo en vous raccrochant au mur en face. Certains passages sont de la plate-forme la plus sadique qui soit, qu'on est heureux de franchir, et que l'on redoute d'avoir se retaper pour une bourde quelques crans plus loin.



Tout ceci est d'autant plus dlicat que, toujours par souci de ralisme, votre personnage a une inertie tout fait humaine. Si vous courez comme Carl Lewis, n'imaginez pas vous arrtez d'un coup au bord de ce prcipice ! Combien de joueurs se sont crass comme de ples trons parce qu'ils sprintaient comme des abrutis et sont arrivs au dbut d'un cran lancs sans pouvoir s'arrter dans le trou une tile plus loin ? Combien se sont retrouvs tranchs en deux par un garde parce qu'ils ont mal calcul le timing de leur parade aprs un coup d'estoc un peu trop audacieux ? Combien ont fracass leur pad aprs ce saut mal calcul juste au passage d'un hachoir gant ?



Mais combien galement ont joui en russissant ce triple saut avec aggripage une plate-forme solitaire au milieu du vide ? Combien on souill leur caleon en poussant un de ces sales gardes dans une fosse ou sous une presse impitoyable ? Oui, Prince of Persia offre aussi ce bonheur-l : vos ennemis souffriront des mmes piges que vous, ce qui vous permettra d'prouver un plaisir sadique lorsque, passant derrire un adversaire, vous lui ferez faire le pas de trop. Exit les ennemis invincibles ! Ca demande de s'accrocher son pad, mais l'enjeu en vaut la chandelle.



La Super Nintendo rpond en tout cas au poil et vous sert ce bonheur sur un plateau d'argent orn de danseuses mi-nues. Les contrles sont parfaits, la ralisation lche, avec une palette juste un peu terne et des musiques un brin enttantes, mais a passe. Tout est fait pour votre plaisir et vous serez seul responsable de votre dfaite ou de votre succs. Et c'est a la force de ce jeu : cette monte, leeeente, longue, harassante, de niveaux en niveaux, ce crescendo est tout juste parfait. Vous tes le hros, vous suez comme lui, cette princesse, c'est la vtre, et ce vizir vous le dtestez du plus profond de votre me. Oui, avec cette cartouche, niveau motions, vous en aurez pour votre argent, largement.



Alors n'hsitez plus. Ne jamais avoir jou Prince of Persia 1 est dj en soi un crime contre le vidoludisme. Si cette version n'est pas proprement parler l'originale et peut rebuter l'intgriste de passage, elle n'en est pas moins superbe. Il faudrait tre mad, ou trs con (les deux mme !) pour refuser l'exprience sous ce seul prtexte. Foncez !
Le point de vue de César Ramos :
Assez commun, peu cher.