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Terranigma
Quintet / Enix - 1995
SAUVER LE MONDE par Petemul

Extras : Musique - Manuel TXT - Manuel PDF
Il y a des choses immuables dans la vie, et c'est quand mme vachement rassurant quelque part. Prenez Drucker par exemple : le dimanche venu, on sait qu'il sera l, on sait comment son mission va se passer, on peut mme prvoir les invits et les questions l'avance avec un peu de mtier, et toute personne ayant eu des grands-parents a un peu de mtier en la matire.



Il en va donc de la vie comme du memory : de grandes paires d'ides indissociables et apaisantes. Dimanche : Drucker. Derrick : RFA. Barbecue : chipolatas. Enix : RPG. Et on peut mme faire des combinaisons. Enix + Super Nintendo : QUALITER. Aaaaah, nous y voil.



Enix, c'est un peu le pendant de Square l'poque glorieuse des RPGs foison, avant que les deux ne fusionnent, tels une team Mercedes et une curie McLaren avant l'heure. C'est du lourd, du beau, du bon, du gras, des cheveux au vent et des mondes entre les mains de jeunes hros qui se demandent "mais pourquoiiiii".



Les braves petits gars de chez Enix ont sorti une tripote de jeux pas piqus des vers et aux chiffres de ventes plus qu'honorable : Soul Blazer, Illusion of Time (qui a encombr les tals au point d'tre peut-tre le deuxime jeu le plus facile trouver sous blister aprs Starwing, des annes aprs la mort de la console), pour ne citer qu'eux. D'ailleurs a tombe bien parce que ces deux-l faisaient partie d'une soit-disant trilogie dont Terranigma est cens tre le dernier volet. Soit. D'ailleurs pour tre trs prcis Enix est juste l'diteur et le dveloppeur est la compagnie Quintet, qui ont pondu notamment Actraiser. Ca commence faire lourd dans le pedigree. Ca fait lourd aussi dans la tendance crationniste-gestion, et nous allons voir que ce n'est pas un hasard.



Le tout arrivant sur la fin de vie d'une console matrise de fond en comble, on est en droit de s'attendre du spectaculaire. Et ce d'autant plus qu'il va falloir, je vous le donne en mille : SAUVER LE MONDE. Alors tant qu' faire on va y mettre les moyens. Si fait. Jouons cartes sur table : a poutre techniquement. Du beau sprite, de belles orchestrations, de magnifiques crans de transition, animation fluide, maniabilit prcise : le cahier des charges respect, au poil. Ni bouillie de pixels, ni syndrme de golem, tout va bien, gloria in excelsis deo.



Mais nous ne sommes pas ns de la dernire pluie et nous savons, vous et moi, que sous la plastique superbe se cache parfois un fond creux, et inversement. Souvenez-vous de Sophie, en Terminale C : des seins comme des obus, mais l'loquence d'une loutre. Et c'est donc avec l'oeil froid et impartial du critique qui a dj connu tous les ports et toutes les folies, avec l'objectivit digne des meilleurs moments de Tlrama, que nous allons dissquer la bte.



Terranigma est ce qu'on appelle pompeusement dans les salons snobs - donc chez nous - un A-RPG : un jeu d'aventure vue de dessus, en temps rel, mlangeant des phases d'exploration et de bourrinage pur, sans aucune notion de "tour de jeu" comme on peut trouver dans les sries comme Breath of Fire ou Final Fantasy. En gros on se rapproche plus d'un Zelda ou d'un Secret of Mana que des deux titres sus-cits. Notre hros, rpondant au doux nom de "Ark", un nom qui vous pose un gentilhomme, va devoir faire preuve de qualits intellectuelles en petite quantit, et surtout de gros bourrinisme de base bien senti.



Oui, il va falloir meuler du pon. On va mme ne faire que a, les donjons tant relativement linaires, et les nigmes "du monde extrieur" plutt sommaires : il va falloir attendre quelques temps avant de mettre vos neurones contribution. Chose rare dans ce genre de jeux, la palette de mouvements est assez vaste. Vous marchez, courez, sautez, et avez plusieurs attaques disposition, un ct trs arcade donc. Enfin faut le dire vite, le but est quand mme d'ouvrir les portes, de prendre les trsors, de buter les baveux locaux, et bis repetita.



Pour tenir la distance il faut donc obligatoirement une histoire qui nous maintienne la pression intellectuelle. J'ai dit plus haut qu'il faudrait SAUVER LE MONDE, mais c'est un peu court, jeune homme, on pouvait dire... oh... eh bien que, brompf, oui, il faut sauver le monde. Enfin d'abord les gentils habitants du village du hros, donzelle amoureuse en sus. Figurez-vous que tout allait pour le mieux dans la plus parallle des dimensions enfouies jusqu' ce qu'Ark, donc vous, fasse la connerie de relcher une force puissante et malfique. Mais le vieux sage va lui dire comment faire pour accomplir sa destine.



J'en vois trois qui baillent. Du nerfs, crtins dgnrs, ensuite a sort des sentiers rebattus et a s'toffe puisque vous allez faire revivre le monde nous qu'on est dedans. Le vrai monde. Si si. Les premiers donjons que vous explorez librent des continents de notre bonne vieille Terre, et ensuite il faudra aller sur cette Terre pour la repeupler de trucs qui grouillent, respirent, et payent leurs impts. Et mesure que la population revient, les ennuis arriveront par paquets de douze jusqu'au climax final : le combat pour SAUVER LE MONDE. J'aime que mon message soit bien compris.



La grande originalit l-dedans, c'est que vous n'allez pas vous contenter d'enchaner les villes et villages tester toutes les actions scriptes possibles avant de passer la suite. Dans Terranigma, par moments, va se glisser une action, une dcision, un mot dire l'un ou l'autre personnage, qui va avoir une influence sur le cours des vnements. Mieux que a : les villes que vous faites revenir la vie sont au dpart peu peuples, et en plus par des gens sans got ni talent. Et c'est vous, avec votre couteau, votre inventaire et votre libre arbitre, qui allez pouvoir influencer leur dveloppement, via une foultitude de mini-qutes annexes. Et l on se dit qu'on n'a pas les mmes dveloppeurs qu'Actraiser par hasard.



A la qute principale va donc se greffer cet aspect compltement gnial du dveloppement de l'humanit. Et je vous fiche mon billet que vous refuserez le combat final tant que vous n'aurez pas amen tout ce monde un stade ultimate shock bamba 3000, mgapoles blindes de jeunes travailleurs syndiqus et cultivs, et de fonctionnaires nobles et gnreux (oui, c'est un jeu, une utopie).



Alors, Terranigma, jeu gnial ? Ralisation top 2000 avec des graphismes vraiment trs russis, musiques bien grandioses (un peu too much, du mauvais Wagner, mais du gros boulot quand mme), on ajoute l-dessus une maniabilit au poil, un concept frais sur les bords, une dure de vie honorable : du tout bon, du tout beau. Tout y est, gestion de l'XP minimaliste, ce qui n'est pas pour dplaire, quipement limit (encore une fois c'est de l'action, pas du RPG, donc banco), cinmatiques, longs dialogues, boss gants, on fait le plein. Ce jeu a tout de la grande fresque pique - puisqu'il faut SAUVER LE MONDE - que vous ne devez pas rater, y compris le prix qui confirme son statut de "culte".



Sauf que non. Enfin pas pour moi. Je trouve ce jeu chiant comme la banlieue de Reims. Je passe la navigation arthritique dans les sous-menus, qui fait qu'on pousse un soupir de lassitude l'ide de trier son inventaire, et j'en viens au nerf de la guerre : cette putain d'histoire, ce scnario. Eh ben moi je suis dsol mais je me suis fais chier comme pas possible. J'ai rarement trouv quelque chose de moins bandant que de faire remonter la surface l'Asie, puis l'Europe, puis l'Afrique, puis devoir dlivrer les plantes, puis les animaux, puis... puis... etc.



Et mme une fois ce passage termin, et qu'on commence fritter du sale mchant de faon plus directe, j'en ai chi comme un Russe pour continuer m'intresser l'histoire, au travers des donjons relous, des squences d'motion gratuites et tlphones, de la pseudo intrigue "ohnoez des personnalits parallles dans des mondes parallles", de la musique "qui en fait trop", et de tout ce qui s'en suit. En fait il n'y a qu' la fin que a s'anime vraiment, et qu'on se retrouve avec une chouette histoire de balance des pouvoirs, de doubles mondes et autres joyeusetes certes avec un air de dj vu, mais bien mene.



Ce sera donc une question de got, que j'ai difficile et dlicat pour ma part. Mais une fois acquis la cause narrative et l'objectif consistant SAUVER LE MONDE, le reste se droulera avec plaisir et douceur, vu l'normissit de cette "grosse prod' ". Aprs tout, tout le monde n'aime pas Wagner, mais il y en a, mme si a me fait mal de l'admettre.

Le point de vue de César Ramos :
Compltement et honteusement hors de prix